08 mars 2012
Une année chez les Français, Fouad Laroui
C est en 1970 que le ciel tombe sur la tête de Medhi. Ébloui par l'intelligence de son jeune élève, son instituteur s' est battu pour lui obtenir une bourse d'interne dans le prestigieux lycée Lyautey de Casablanca. Medhi a passé ses dix premières années au pied de l Atlas. Pauvre, libre, heureux, choyé par une mère imprégnée de culture ancestrale et par un père qui rêve pour son pays d'un avenir démocratique et moderne, il n'envisageait rien d'autre que de continuer à jouir de l'existence et de se repaître de ces livres merveilleux dont l'abreuvait son instituteur. Du jour où l'un de ses oncles l'abandonne à l'entrée du lycée Lyautey, la vie de Medhi change. Les jours passent, les situations étonnantes se succèdent. Medhi doit se rendre à l'évidence : il ne comprend rien ! Ni la vie qu'il a menée, ni les mots qu'il a appris dans les livres qu'il adore ne sont en mesure de l'aider. Pourtant, il s'accroche. Et, au bout de quelques semaines, au moment où il commence à s'habituer à cet univers, une nouvelle épreuve surgit. Il est l'unique interne du lycée qui ne rentre pas chez lui le week-end et le directeur, refusant de mobiliser trois personnes pour un seul élève, le confie à une famille française...
Un sympathique petit livre, frais et tendre. Qui donne du baume au coeur. On aurait pu attendre le pire pour ce petit garçon, complètement déraciné qui découvre les affres de l'internat ou le racisme attendu. Mais non, ses futurs camarades l'accueillent d'abord avec surprise, lui le petit gars de la campagne profonde. Mais ensuite, Mehdi va s'intégrer très rapidement, grâce aussi peut-être à son intelligence et son érudition décalée. Les surveillants - les pions, vont presque finir par le choyer. C'est à l'occasion du premier grand week-end où il est confié par hasard à une famille française qu'il va découvrir l'amitié avec le jeune Denis qui l'accueille dans sa famille. Presque comme un frère.
J'ai aimé ce livre touchant et drôle. Mehdi est souvent en décalage par rapport à la réalité, il rêve beaucoup d'ailleurs. Ce fut un vrai plaisir de lire ce livre. Je regrette juste qu'il se soit arrêté si vite, on aurait aimé la suite des aventures de ce petit garçon.
Ma note: 9,5 / 10
Les coeurs déchiquetés, Hervé Le Corre
Pierre Vilar est commandant de police à Bordeaux. Sa vie et son couple ont volé en éclat depuis que son fils Pablo a été enlevé à la sortie de l'école. Malgré tout, il se raccroche à l'espoir insensé de le revoir vivant, avec l'appui d'un gendarme à la retraite qui se consacre à la recherche d'enfants disparus.
A quelques kilomètres de distance, un jeune collégien nommé Victor rentre chez lui après la classe pour découvrir une scène d'horreur : sa mère, Nadia, gît sans vie sur le sol de sa chambre, le visage tuméfié et les dents fracassées. Du foyer à la famille d'accueil, commence pour cet adolescent désormais seul au monde un parcours douloureux, marqué par la disparition de l'être le plus cher.
Deux pertes irrémédiables, deux tragédies. Le lien entre elles, c'est Pierre Vilar. Il est chargé d'enquêter sur la mort de Nadia, et à mesure que se dessinent certaines pistes, un étrange retournement de situation se produit; le policier devient gibier: il est harcelé au téléphone et suivi dans la rue par un homme aussi insaisissable que menaçant. Un homme qui semble aussi poursuivre Victor...
Les "coeurs déchiquetés qui parlent aux fantômes", comme le chante Léo Ferré, sont mis à nu dans ce roman hanté par l'absence et la mort. La perte des êtres aimés, la violence faite à l'enfance, l'injustice sociale et la solitude, c'est tout cela qu'Hervé Le Corre nous fait éprouver, de manière intime et bouleversante. Par la beauté rédemptrice et la justesse de son style, il oeuvre dans la lignée de Robin Cook.
Hervé Le Corre a obtenu le prix Mystère de la Critique 2005 pour L'Homme aux lèvres de saphir, publié chez Rivages.
On plonge dans ce roman immédiatement. Pierre Vilar et Victor ont vécu un drame terrible et l'auteur réussit sans peine à nous décrire ce qu'ils ressentent, sans trop en faire et sans tomber dans le pathos. Les chapitres alternent les points de vue de ces deux blessés de la vie, l'histoire de Victor pourrait presque être une histoire en elle-même à l'intérieur du roman. Le style est juste, précis et va à l'essentiel, sans s'apesantir.
L'intrigue est bien ficelée, le lien entre les deux personnages est tellement ténu au début qu'on est tenu en haleine jusqu'au bout. Le contexte est aussi bien vu - le foyer de la Ddass, la famille d'accueil, les relations professionnelles de Vilar. Bon, évidemment, ce n'est pas gai et ça reflète pas mal de nos peurs les plus obscures, mais bon...
J'ai vraiment aimé ce livre que j'ai lu d'une traite. Les personnages sont vraiment bien traités, principaux et secondaires et on s'immisce dans cette atmosphère tendue, violente avec cette terrible envie de savoir le fin mot de l'histoire.
Ma note: 9 / 10
28 août 2011
punk
Bye Bye Blondie, Virginie Despentes
"Une fille qu'on rencontre en HP n'est pas une fille qui rend heureux. Il voulait jouer contre le reste du monde, avoir raison contre toutes les évidences, il pensait que c'était ça l'amour. Il voulait prendre ce risque, avec elle, et qu'ils arrivent sur l'autre rive, sains et saufs. Mais ils réussissent juste à s'entraîner au fond. Il est temps de renoncer..."
Gloria a été internée en hôpital psychiatrique. Contre toute attente, la punkette "prolo" y a rencontré Eric, un fils de bourgeois aussi infréquentable qu'elle; ils se sont aimés comme on s'aime à seize ans. Puis la vie, autant que les contraintes sociales, les a séparés. Vingt ans après, à nouveau, leurs chemins se croisent. Portrait d'une femme blessée aux prises avec ses démons, traversée des années punk, chronique d'un amour naufragé, Bye Bye Blondie est sans doute le livre le plus émouvant de Virginie Despentes.
Je découvre Virginie Despentes avec ce livre et je ne suis pas déçue. J'ai vraiment apprécié cette plongée dans les années punk de Gloria. D'ailleurs, l'auteur arrive vraiment à nous dépeindre ces années là, on s'y retrouve vraiment, il y a vraiment une atmosphère typique. Et Gloria... Malgré son évidente tête de bois, elle est plus qu'attachante. Explosive, en colère, à fleur de peau... on la voit presque avec les yeux d'Eric qui, la retrouvant vingt ans plus tard, est toujours amoureux d'elle. Et malgré tout ce que Gloria avait pensé, elle l'est encore elle-aussi, même si c'est plus difficile pour elle de tirer un trait sur la rupture catastrophique d'il y a vingt ans. Qui a sans doute conforté sa façon "heurtée" et trop franche de concevoir les relations. Est-il possible de (re)vivre quelque chose alors qu'ils sont si différents - socialement et intellectuellement ?
J'ai trouvé le style très direct, réaliste, vivant. Ce n'est pas trash comme on qualifie souvent l'auteur, mais ça sonne vrai. Une vraie force.
Bref, une belle découverte qui m'encourage à lire d'autres livres de l'auteur, sans aucun doute.
Les premières lignes:
Elle se dérègle. Ca ne va pas en s'arrangeant, ni même en stagnant. Elle était convaincue, d'expérience, qu'à chaque fois qu'elle s'approcherait trop près du bord, elle saurait faire pirouette arrière. Seulement, cette fois, elle ne contrôle plus rien, "sans les mains". Tous les warnings clignotent en vain et elle sent les gens s'inquiéter, s'éloigner au fur et à mesure. Elle vient de s'engueuler avec sonpetit ami. Elle aurait pu le tuer. S'en est fallu d'un centimètre, d'une seconde. Flirt poussé avec le drame.
Ma note: 8,5 / 10
26 août 2011
Registre des morts, Patricia Cornwell
Couverture: A la morgue, tous les décès sont consignés au Registre des morts. Ce livre va bientôt revêtir une signification différente pour Kay Scarpetta. Lorsqu'elle s'installe à Charleston, en Caroline-du-Sud, pour y ouvrir, avec sa nièce Lucy et Pete Marino, un cabinet de médecine légale, elle pense commencer une nouvelle vie. Mais très vite, elle entre en conflit avec des politiciens locaux, et on cherche visiblement à saboter son projet. C'est alors que va se produire une série de morts violentes : un meurtre rituel, un enfant victime de sévices, une joueuse de tennis retrouvée mutilée à Rome, sans autre lien entre ces affaires qu'une certaine patiente d'un prestigieux hôpital psychiatrique de Nouvelle-Angleterre. D'autres noms vont s'ajouter au Registre des morts, peut-être même celui de Kay...
Si ma mémoire est bonne, c'est le quinzième tome des "aventures" de Scarpetta et de sa fine équipe. Eh bien, pour moi, cela illustre tout à fait la lassitude: intrigues plus qu'invraisemblables - mais toujours perverses à souhait - (à croire que l'auteur prend son pied) , et surtout un désintérêt profond pour les personnages qui, finalement ont fait le tour de leur rôle. L'auteur veut nous faire croire qu'avec quelques artifices (la maladie de Lucy, les "disputes" entre Benton et Kay, l'alcoolisme de Marino...) la mayonnaise prend encore, mais pour moi, tout sonne faux. Je me suis ennuyée au point de ne même plus faire attention à ce que je lisais. Malgré tout, un bémol à cette mauvaise appréciation, il y a un certain suspense qui m'a maintenu (heureusement) jusqu'au bout de cette lecture. C'est peut-être cela qu'on reconnait un auteur avec du talent.
Les premières lignes:
L'écho de l'eau tambourinant. Une baignoire carrelée de mosaïque dans les tons gris, profondément enchâssée dans le sol en pavés de terre cuite.
L'eau coule avec paresse d'un antique robinet de cuivre et l'obscurité s'écoule par la fenêtre. De l'autre côté de la vitre en verre cathédrale, la place, la fontaine, la nuit.
Elle est assise paisiblement dans l'eau, une eau glaciale à la surface de laquelle surnagent des glaçons qui fondent peut à peu. Son regard est presque vide.
Ma note: 6 / 10




