Bouq1 et Cie

Au fil des lectures et autres découvertes

12 mai 2008

Cicatrices

9782253119845 Le Chemin des âmes, Joseph Boyden

1919. Nord de l'Ontario. Niska, une vieille Indienne, attend sur un quai de gare le retour d'Elijah, un soldat qui a survécu à la guerre.
A sa grande surprise, l'homme qui descend du train est son neveu Xavier qu'elle croyait mort, ou plutôt son ombre, méconnaissable. Pendant trois jours, à bord du canoë qui les ramène chez eux, et tandis que sa tante essaie de le maintenir en vie, Xavier revit les heures sombres de son passé: l'engagement dans l'armée canadienne avec Elijah, son meilleur ami, et l'enfer des champs de bataille en France...

Les livres sur la guerre, je sature un peu. Malgré cela, j'ai été attirée par l'histoire, peu banale, de ces Indiens crees engagés dans l'armée canadienne pendant la première guerre mondiale. S'engager pour se battre pour des pays inconnus, dans des conditions effroyables...
Ce roman est à deux voix. Niska, recueille son neveu Xavier, à la sortie du train qui le ramène au pays. Il est tellement changé, physiquement et moralement, qu'elle doute que ce soit lui.
Quant à Xavier, on se demande s'il ne revient pas pour mourir. Il est muet, n'arrive pas à raconter ce qu'il a pu vivre.
Niska est là pour le ramener chez eux mais aussi pour essayer de le ramener à la vie. Elle va s'efforcer de le "nourrir" intellectuellement avec ses histoires, pour qu'il puisse se raccrocher à la vie. Elle lui raconte l'histoire des siens, celèbre famille de hookimaw, devins/guérisseurs et chasseurs de démons, son histoire, pour qu'il puisse à nouveau se sentir lui-même.
Xavier, quant à lui, se souvient de l'enfer des tranchées. De son engagement à son statut de tireur d'élite; de son amitié avec Elijah, son frère, son double, qui trouve dans la guerre le but de son existence; des amitiés avec les camarades de sa section, de moins en moins nombreux au fil du temps; des avancées dans la boue et le froid vers la mort qui fauche à tour de bras...
Xavier est sous morphine et son récit est comme un rêve, un cauchemar empoisonné qu'il doit extirper de son corps.
On en vient aussi à se demander pourquoi Elijah et Xavier se sont engagés. Connaissaient-ils les enjeux de cette guerre, eux qui avaient toujours vécu loin des hommes blancs? Etaient-ils poussés par un besoin impérieux de se battre, de tuer?
C'est un livre vraiment très fort et émouvant, un témoignage précieux sur l'enfer des tranchées, cette guerre presque d'un autre âge, et sur ce qu'elle est réellement, une machine à broyer.

Les premières lignes:
   
Bien des jours, je suis restée cachée dans les bois, aux abords de la ville. Je n'en sors qu'au signal, pour me mettre en quête de celui que j'attends. Elle est laide cette ville; bien plus grande, encore, que celle qu'on appelle Moose Factory. C'est une ville où je n'étais jamais allée; un endroit où je ne retournerai jamais. Bien trop de wemistikoshiw à mon goût, qui se promènent dans les rues poudreuses avec leurs drôles de vêtements, habillés pour le froid tandis que, sur nos têtes, éclate un soleil d'été bouillant.
   Le jour, je me cache avec soin; mais quand le cri de la chose retentit, il faut que je me montre. Que je marche à leurs côtés. Eux me dévisagent; me montrent du doigt; parlent de moi comme s'ils n'avaient jamais croisé l'un de mes semblables. Que voient-ils en moi? Une vieille, toute maigre, un peu folle; une bête indienne, tout droit sortie de sa forêt.

Ma note: 9 / 10

Posté par Aileean à 10:43 - Romans (20) - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 mai 2008

51hmXaechWLPélagie et le Moine Noir, Boris Akounine

A la fin du XIXè siècle, sur l'île de Canaan, au nord de l'immense Russie, le Nouvel Ararat, célèbre lieu de pèlerinage, est le théâtre d'apparitions aussi inquiétantes qu'inexpliquées. Huit siècles après sa mort, le fantôme du fondateur, saint Basile en personne, terrorise religieux et pèlerins. Les moines demandent l'aide de l'évêque Mitrophane, mais les émissaires qu'il dépêche sur place sont successivement victimes de celui que la rumeur a déjà surnommé le Moine Noir. Crise de démence, terreur collective et morts brutales, seule la malicieuse soeur Pélagie, fidèle assistante de l'évêque, semble en mesure de calmer les esprits.

J'aime beaucoup Boris Akounine, que j'ai découvert avec les enquêtes d'Eraste Fandorine. A la même époque, la Russie du XIXè, il nous fait découvrir une nouvelle héroïne, Pélagie, fille spirituelle de l'évêque Mithrophane. Intelligente, curieuse, elle ne se laisse pas faire dans ce monde d'hommes.
Désireuse d'aller élucider le mystère du Moine Noir, elle doit pourtant attendre son tour qui viendra après l'échec des envoyés de l'évêque, échec qui causera à celui-ci une attaque cardiaque. Pélagie va profiter de l'incapacité de son mentor pour se rendre rapidement et sous l'identité d'une veuve pélerine, au Nouvel Ararat. Elle va découvrir un monastère dirigé d'une main de fer par l'archimandrite Vitali, qui, grâce à sa politique ferme, a permis l'essor économique de ce petit bout de paradis terrestre. Il a aussi permis à un riche médecin d'implanter sa clinique psychiatrique d'un nouveau genre, où les malades pittoresques vivent en liberté, comme tout un chacun.
Le Moine Noir continue ses apparitions et ses imprécations souvent inintelligibles condamnent l'ermitage de saint-Basile. Cet ermitage est un lieu tellement secret et retiré que personne n'y va, sauf les nouveaux ermites qui se succèdent assez rapidement, le lieu étant réputé être près de Dieu qui "rappelle" ainsi à lui plus facilement ces saints hommes.
Pélagie, tour à tour déguisée en veuve moscovite et moinillon novice, va mener son enquête...
Comme dans les enquêtes d'Eraste Fandorine, on retrouve tout l'humour et l'ironie de l'auteur qui nous fait ici découvrir le fonctionnement d'un monastère doublé d'un lieu de pèlerinage. L'enquête a tout de même tendance à s'enliser, je ne l'ai pas trouvée si palpitante que celles de Fandorine, souvent menées de façon plus originale, mais le dénouement est suprenant. Les personnages sont sympathiques, très humains surtout.
Je n'avais pas vu que ce livre était le deuxième de la nouvelle série de Boris Akounine. Le premier s'intitule "Pélagie et le bouledogue blanc" que je n'ai pas encore lu. Mais ça n'a pas gêné la lecture.

Les premières lignes:
   
...quelques larges enjambées, il est auprès de la nonne. Il regarde à son tour par la fenêtre, voit les chevaux écumants, le moine dépoitraillé, et ses sourcils buissonnants se rejoignent, ses traits se durcissent...
- Il m'a crié: "Malheur à nous, petite mère, il est là! Où est Monseigneur? " dit à mi-voix Pélagie, résumant la situation à l'évêque.
   Au mot "malheur", Mitrophane eut un hochement de tête entendu, comme s'il n'attendait rien d'autre de cette longue journée qui semblait résolue à ne pas s'achever. Du doigt, il fit signe au messager à la robe lacérée et couverte de poussière (à ses façons, à ses clameurs, il était déjà clair que l'homme arrivé à bride abattue on ne sait d'où était bien un messager, et de mauvais augure) : eh bien, monte donc.

Ma note: 7/ 10

Posté par Aileean à 11:11 - Polars (14) - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 mai 2008

Conte de Noël

51BSCQABQ0LTokyo Godfathers, réalisé par Satoshi Kon

  A Tokyo, pendant les fêtes de Noël, trois amis sans-abri trouvent un bébé abandonné et une mystérieuse clé annonciatrice de folles aventures.

Au début, je n'étais pas emballée du tout à l'idée de le regarder, ça ne me disait rien. Et finalement, je n'ai pas été déçue. C'est un conte de Noël drôle, tendre et grave à la fois.
Un bébé est recueilli par trois amis improbables sans abri: un travesti, une jeune fille en fugue et un vieux "schnoque" (comme il se prénomme) alcoolique. Hanna, le travesti voit un signe du ciel dans la découverte de ce bébé, "elle" qui a toujours voulu être mère. Après quelques tergiversations et chamailleries, les trois amis décident tant bien que mal de rechercher la vraie mère de la petite fille, rebaptisée Kyoko. Avec les quelques renseignements trouvés dans le couffin et une clé de consigne, ils vont remonter la piste petit à petit.
Ils vont faire quelques rencontres improbables: la mafia japonaise, un chauffeur de taxi, un club de travestis, un couple à la dérive, une infirmière...
Tour à tour ensembles et séparés, chacun va refaire le point sur sa vie et réfléchir ainsi à la route qu'il a suivie jusqu'ici.
Les personnages sont justes, l'humour est présent et le suspens aussi.
Bref, un très bon moment.

De Satoshi Kon, j'avais aussi beaucoup aimé "Millennium Actress" et "Perfect Blue".

Ma note: 9 / 10

Posté par Aileean à 20:20 - Ciné - DVD (3) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 mai 2008

Un cerveau

5124GS6TJBLDes fleurs pour Algernon, Daniel Keyes

Il s'appelle Charlie Gordon, c'est un simple d'esprit, un minable, employé aux plus basses besognes dans une usine. Algernon, elle, esr une souris de laboratoire et le traitement du Pr Nemur et du Dr Strauss vient de décupler son intelligence. Les deux savants tentent alors d'appliquer leur découverte à Charlie avec l'assistance de la jeune psychologue Alice Kinnian.
C'est bientôt l'extraordinaire éveil de l'intelligence de ce cerveau demeuré. Charlie découvre avec passion un monde dont il avait toujours été exclu, et l'amour qui ne tarde pas à naître entre Alice et lui achève de le métamorphoser.
Mais un jour, les facultés supérieures de la souris Algernon déclinent. Pour Charlie commence alors le drame atroce d'un homme qui peu à peu se sent retourner à l'état de bête.

L'histoire de Charlie est écrite sous forme de compte-rendu qu'il est chargé de faire pour tenir une sorte de journal de son évolution. Au début, l'écriture est difficile, pleine de fautes et de tournures simplistes. Petit à petit, la forme et le fond s'améliorent, jusqu'à atteindre la perfection. Grâce à l'opération, Charlie, dont l'envie de devenir intelligent est solidement ancrée en lui, va devenir rapidement un sorte de génie et dépasser ses maîtres. Mais la transformation n'est pas sans heurt. Il ressent douloureusement sa condition de cobaye, se rend compte du mépris qu'affichaient ses "amis" envers l'ancien Charlie et souffre de blocages qui rendent sa vie amoureuse très délicate. Examiner son passé, revoir sa famille, voilà des choses qui lui permettront peut-être de comprendre qui il est vraiment. Sans mémoire jusqu'à présent, il va se souvenir petit-à-petit de son enfance, marquée par la tyrannie de sa mère, dépassée par son handicap.
Tout pourrait aller pour le mieux, Charlie étant devenu enfin quelqu'un. Même si selon un des professeurs, l'expérience l'a rendu cynique, , son génie ayant détruit sa foi dans le monde et dans son prochain.
Mais la souris Algernon, première cobaye de l'expérience, montre des signes de régression.
Charlie va comprendre que l'expérience n'est pas irréversible et que la rapidité de son évolution est proportionnelle à son "déclin". S'ensuit alors une course contre la montre. Il veut découvrir s'il est possible de corriger l'expérience, pas pour lui, mais pour les générations futures.
Charlie est essentiellement centré sur lui-même, c'est ce que lui reprochent d'ailleurs ses maîtres. Mais grâce à ses compte-rendus, on ressent exactement ses sentiments, ses bouleversements: il découvre avec "boulimie" la somme de savoirs qu'il peut apprendre, ce dont il n'avait même pas idée avant; il est amoureux mais sa maturité émotionnelle a du mal à suivre; ses connaissances font de lui un génie et il trouve finalement les soit-disants savants bien médiocres; et surtout, le caractère urgent de ses recherches finales, où l'on sent avec lui les premiers effets de la régression. Pourra-t-il trouver une autre fin que celle d'Algernon? Est-il possible d'enrayer le processus?
C'est une réflexion très intéressante sur ce qu'est l'intelligence, à tous ses niveaux, sur la science et ses cobayes et surtout une plongée dans le cerveau d'un homme qui découvre une nouvelle vie qu'il connaissait sans jamais l'avoir approchée.
Ce livre a été adapté à la télévision ainsi qu'au cinéma, notamment en France en 2006 (réalisé par David Delrieux, avec Julien Boisselier, Hélène de Fougerolles, Marianne Basler).
Je viens de voir que ce livre était aussi édité en jeunesse (Collection Tribal chez Flammarion).

51Sr023hSIL

Les premières lignes:
  3 mars. Le Dr Strauss dit que je devrez écrire tout ce que je panse et que je me rapèle et tout ce qui marive à partir de mintenant. Je ne sait pas pourquoi mais il dit que ces un portan pour qu'ils voie si ils peuve mutilisé. J'espaire qu'ils peuve peut être me rendre un télijan. Je m'apèle Charlie Gordon et je travail à la boulangerie Donner. Mr Donner me donne 11 dolar par semène et du pain ou des gâteau si j'en veut. J'ai 32 ans et mon aniversère est le mois prochin. J'ai dit au Dr Strass et au proféseur Nemur que je sait pas bien écrire mes il dit que sa fait rien il dit que je dois écrire come je parle et come j'écrit les composisions dans la clase de Miss Kinnian au cour d'adultes atardé du Colege Bikman où je vait 3 fois par semène a mes heure de liberté. Le Dr Strauss dit d'ércire bocou tou ce que je panse et tou ce qui m'arive mes je peux pas pansé plus pasque j'ait plus rien a écrire et je vais marété pour ojourdui.

Ma note: 7,5 / 10

Posté par Aileean à 10:35 - Fantasy - SF - Imaginaire (19) - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]