30 novembre 2007
Voyage en URSS

Une jeunesse soviétique et Les fils d'Octobre, Nikolaï Maslov
"...stupéfiant ovni graphique, document de première main sur un demi-siècle d'histoire contemporaine, description minutieuse par une de ses particules élémentaires d'un système à l'agonie et d'un pays à la beauté farouche pris entre l'ennui métaphysqiue et le vertige du vide. Un album parfaitement inattendu, qui rejoint sans le savoir la tendance bio-documentaire en train de renouveler la bande dessinée mondiale."
Quand on ouvre le livre, on est surpris. Les dessins sont au crayon, on dirait des esquisses, comme s'ils n'étaient pas terminés. Mais finalement, on est captivé par l'histoire, qu'on sait autobiographique. La pauvreté du dessin renvoit à la pauvreté de la vie du jeune garçon qui va devenir adulte dans une Russie qui n'apparaît pas sous son meilleur visage. C'est une vie comme beaucoup d'autres l'ont vécu, dans les années 70/80 en ex-URSS. Pauvreté, excès d'alcool, bêtise, tout ça rime avec le quotidien de beaucoup de ses compatriotes. Et peut-être que ça n'a pas tellement changé non plus...
Et à ma grande surprise, le crayon n'enlève rien à l'histoire: les trognes des personnages qui croisent le chemin du héros, les paysages nus et désertiques, l'émotion, tout ça fait le charme de ces 2 opus. Ce qui revient souvent dans la littérature russe (le peu que j'en ai lu), c'est la fatalité et la résignation. Mais l'espoir est là.
Et je ne peux pas m'empêcher d'admirer Nikolaï Maslov, autodidacte passionné de dessin, qui s'est lancé seul dans la bande dessinée, genre méconnu en Russie. Comment un type qui a vécu tout ou partie de ce qu'il raconte dans ces 2 tomes, peut-il réussir à s'extirper de cette vie triste et désespérée pour faire ces 2 chef-d'oeuvres?
L'éternel retour
Que ferions nous si nous avions la possibilité de revivre nos vies? Ferions nous les mêmes choix? Serions nous les mêmes personnes?
Jeff Winston meurt d'une crise cardiaque en 1988 et se réveille ensuite en 1963, à l'âge de 18 ans. Mais il a gardé toutes ses connaissances d'adulte, de sa précédente "vie". S'ensuit une série de vies où tout devient possible, où tout peut être testé, puisque le cycle se répète à l'infini. Est-ce si intéressant de revivre éternellement? En faisant les choix en connaissance de cause, peut-on rendre notre vie différente, voire meilleure?
Jeff et Pamela, la femme qu'il aime et qui vit la même chose que lui, vont se poser toutes ces questions, vont profiter de toutes ces vies pour explorer toutes les possibilités. Jusqu'à la lassitude.
D'ailleurs, ils se "réveillent" de plus en plus tard dans le cycle. Pourront-ils se croiser encore et encore? Une fin est elle inéluctable ou est-ce l'éternité qui les guette?
J'ai trouvé ce roman passionnant car c'est vrai qu'il explore un sujet phare de la science-fiction: qui n'a pas imaginé pourvoir revivre sa vie? Et jamais on n'est lassé par ces retours, ces nouvelles vies puisqu'à chaque fois, tout est différent. Le suspens est présent, les mondes parallèles aussi. Ils peuvent influencer leurs propres vies mais pas vraiment le cours général des choses. Par exemple, ils peuvent devenir multimillionnaires, artistes, médecins réputés, écrivains célèbres, mais ne peuvent empêcher des évènements comme l'assassinat de J.F Kennedy. On en rêve tous, non?
Les premières lignes:
Jeff Winston était en train de téléphoner à sa femme quand il mourut.
- Il nous faut...venait-elle de dire.
Il ne l'entendit jamais expliquer ce qu'il leur fallait, parce que quelque chose de lourd parut s'abattre sur sa poitrine et chassa tout l'air de ses poumons. Le combiné lui tomba des mains et fendit le presse-papier de verre sur son bureau.
Une semaine plus tôt, elle avait prononcé les mêmes paroles ou presque:
- Sais-tu ce qu'il nous faudrait, Jeff?
Et il y avait eu un arrêt - pas infini, pas définitif comme cet arrêt de mort, mais cependant un vide palpable, un intervalle de temps.
Ma note: 9,5 / 10
Marie-Antoinette: le mythe
La reine scélérate, Marie-Antoinette dans les pamphlets, Chantal Thomas
"Marie-Antoinette: Reine. Autrichienne. Epouse de Louis XVI. Joua à la bergère. Fut guillotinée." Ces mots résument le savoir le plus commun porté par le nom de Marie-Antoinette: l'évidence de sa culpabilité ne fait qu'un avec celle de sa beauté."
Chantal Thomas ne nous présente pas ici une biographie de Marie-Antoinette, mais à partir des innombrables pamphlets, l'étude d'un myhe, celui de la reine scélérate, de l'"archi-tigresse d'Autriche", créé par les courants misogynes et xénophobes, qui transformèrent une jeune princesse en une prostitués, une nymphomane, un monstre...
C'est intéressant de voir comment se construit un mythe, comment tout ce qu'on peut penser d'une époque ou d'un personnage relève en fait de la subjectivité. Après tout, on ne connaît l'histoire que par des témoignages et elle est écrite par les vainqueurs. Qui ont tout intérêt à légitimer leurs actes. D'où la nécessité de présenter Marie-Antoinette comme l'ennemi du peuple.
Chantal Thomas rétablit ici quelques vérités et on en apprend beaucoup sur le fonctionnement de la société d'alors, qui n'est finalement pas différent de celle de maintenant, même si les médias ont évolués. Elle nous donne aussi à avoir quelques un de ces fameux pamphlets, dont les titres parlent d'eux mêmes...(le Godmiché royal, Les amours de Charlot et Toinette, L'Orgie royale, Bordel Royal...)
A voir aussi: Un roi sans lendemain
28 novembre 2007
La vie étudiante
Moi, Charlotte Simmons, Tom Wolfe
Un roman fleuve, passionnant qui nous livre sans détour les affres de la vie estudiantine aux Etats-Unis. Comment une jeune oie blanche, bardée de son savoir et de ses thérories va vite déchanter dans l'univers branché sexe, fêtes et rock'nroll de l'Université, pourtant prestigieuse de Dupont. La place faite aux sportifs, la place faite au savoir, quelle claque pour Charlotte Simmons! Elle, la fierté de sa petite ville perdue au fin fond de la campagne américaine, de ses parents, de ses anciens professeurs... Peut-elle envisager une seule fois de ne pas satisfaire à ce qu'on attend d'elle? Peut-elle se laisser aller dans ce monde qu'elle redoute? Peut-elle s'en sortir, elle qui semble si différente des autres étudiantes?
C'est le premier livre de Tom Wolfe que je lis et j'ai beaucoup apprécié son style simple, journalistique. Ce livre est comme un documentaire sur le passage à l'âge adulte, mais par la porte de service. Tout ce en quoi croyait Charlotte n'a plus lieu d'être. C'est difficile de perdre ses illusions, mais c'est le lot de tous à cette époque charnière de la vie.
Les premières lignes:
Chaque fois que la porte des toilettes hommes s'ouvrait, c'était comme si le matraquage des décibles venait se réverbérer sur toutes les glaces et toutes les faïences, commesi le tintamarre de Swarm, le groupe en train de se déchaîner dans la salle de concert à l'étage, doublait d'intensité. Chaque fois qu'un courant d'air la refermait, cependant, on pouvait de nouveau entendre les étudiants invres de jeunesse et de bière faire de l'esprit, ou du moins chahuter, devant les pissotières. Deux d'entre eux étaient présentement occupés à passer leurs mains devant l'oeil électronique qui déclenchait les jets de rinçage, et ils trouvaient ça follement amusant.
Ma note: 8,5 / 10
27 novembre 2007
Le dernier King (poche)
Si votre portable sonne, surtout ne répondez plus. L'enfer est au bout de la ligne.
Bof, un peu déçue quand même. L'univers de Stephen King, on le reconnaît dès les premières pages sauf...dans ce livre. Un peu déroutée, j'ai continué, j'ai eu un peu de mal à m'accrocher à cette histoire qui me paraît être une fausse bonne idée: les portables véhiculent un signal qui transforment ceux qui l'entendent en "zombies", créatures qui veulent ensuite prendre le pouvoir... Comme si l'auteur avait dû faire un livre à sa façon sur le phénomène des portables, une commande imposée. Je l'ai vraiment ressenti comme ça: je n'ai pas retrouvé la patte de King sauf peut-être vers la fin (il était temps). Ce livre m'a beaucoup fait penser aux films du genre "Le retour des morts vivants...", l'originalité en moins.
Idéal pour passer le temps dans un train ou chez le dentiste, mais sans plus.
Les premières lignes:
L'évènement qui finit par prendre le nom d'"Impulsion" débuta l'après-midi du 1er octobre à 15h03, heure de l'Est des Etats-Unis. Appellation erronée, bien entendu, mais dix heures après son déclenchement, la plupart des scientifiques qui auraient pu le faire remarquer étaient soit morts, soit fous. Peu importait le nom de toute façon, l'effet seul comptait.
Ce jour là à Boston, à cette heure précise, un homme jeune, sans destin historique particulier, descendait Boylston Street à pied d'un pas alerte, presque dansant. Il s'appelait Clayton Riddel et affichait une indubitable expression de satisfaction correspondant à sa démarche.
Ma note: 5,5 /10
Un voyage
Au pays de Dieu, Douglas Kennedy
Un récit d'un voyage de Douglas Kennedy dans l'Amérique et ses religions. Toujours aussi actuel même s'il a été écrit dans les années 80/90. Les Etats-Unis ou la liberté de religion poussée à l'extrême avec des portraits de personnages bien réels.
Les premières lignes:
En novembre 1992, quelques jours après l'élection de William Jefferson Clinton à la présidence des Etats-Unis, un vieil ami installé en Californie m'a téléphoné depuis l'autre côté de l'Atlantique. "C'est bon pour les Démocrates modérés, mauvais pour la droite religieuse, a-t-il résumé; mais soit dit en passant, ne t'attends pas à une réédition de ton bouquin sur le Sud chrétien...
- Oui? Et pourquoi?
- Très simple. Le Parti Républicain est en pleine débâcle, et la droite chrétienne ne va jamais pouvoir revenir sur le devant de la scène, parce que c'est elle qui a fait perdre les élections aux Républicains. Donc, un livre de voyage à travers les groupes néochrétiens de l'ère Reagan, ça va devenir quoi? Un document historique. Une pièce de musée!"
Polar anglais
Une sympathie particulière pour cette auteur(e?) de polars. Je n'étais pas emballée par les couvertures de ses livres et je ne sais pas pourquoi, ça ne me disait vraiment rien. Un jour, j'ai lu une critique et j'en ai acheté un, au cas où. J'ai été très agréablement surprise.
Déjà, pas de personnages récurrents, on peut donc prendre n'importe lequel et ne pas être obligé d'écumer les rayons pour trouver l'ordre de parution. Et ça n'empêche pas d'etre accroché!
Les intrigues sont honnêtes, le suspens est bien présent et ce qui m'a vraiment plu, c'est la mise en forme. On y trouve des articles de journaux, des échanges de mail, bref, on pourrait dire de l'interactivité, non? Pour moi, Minette Walters a su apporter un peu d'originalité dans le traitement de ses enquêtes. Et ça permet de passer un bon moment...
Un de mes auteurs préférés
La poursuite du bonheur, Douglas Kennedy
C'est le premier roman que j'ai lu de Douglas Kennedy. J'avais auparavant lu Au pays de Dieu, qui est plus un essai, bien qu'il se lise comme un roman. Séduite par son style, je me suis lancée: j'ai choisi le plus gros dans les rayons... Et j'ai enchaîné directement sur tous les autres ensuite...
Et comme cela fait un bout de temps que je l'ai lu, je ne me risquerai pas à en détailler précisément le contenu. Ce qui est frappant dans toute son oeuvre, c'est sa capacité à poser ses personnages dans leur environnement. On comprend tout de suite les enjeux, on sympathise immédiatement et on est entraîné avec eux. On veut lire jusqu'au bout car le suspens est là. Les héros ont des coups durs et on veut réparation!
Et ses portraits de femmes! J'en viens même à douter qu'il soit un homme! Je parle pour moi, mais dans tous ses livres, l'identification est quasi immédiate avec l'héroïne (ce sont souvent des héroïnes, j'ai l'impression...)
Ce sont la plupart du temps des histoires d'amour avec tout ce que cela entraîne: doutes, ruptures, trahisons, sentiments (quand même), mais sans mièvrerie. C'est simple, sans prétention et ça se lit bien. Bref, j'aime beaucoup.
Les premières lignes:
La première fois que je l'ai vue, c'était devant le cercueil de ma mère. Dans les soixante-dix ans, grande, anguleuse, de beaux cheveux gris sévèrement retenus en chignon sur la nuque. Tout à fait le genre de femme auquel j'espère ressembler si jamais je parviens jusqu'à son âge. Elle se tenait très droite, le dos refusant de ployer sous le poids des ans. Sur ses traits harmonieux, la peau était restée souple, avec quelques rides qui, loin de marquer son visage, lui conféraient du caractère, une certaine "gravité". Elle était encore belle, d'une beauté discrète, altière. On devinait que le temps était tout proche où les hommes l'avaient admirée.
Qui a tué Wellington?
Le bizarre incident du chien pendant la nuit, Mark Haddon
Un roman écrit par Christopher Boone, le héros, un garçon de 15 ans différent, mais qui comprend beaucoup de choses à sa façon. C'est une entrée directe dans son monde à lui, son système de pensée et surtout son enquête illustrée de dessins et symboles. Difficile à raconter, tant les petites digressions de l'auteur peuvent nous faire perdre le fil de l'enquête, mais au final, un très bon roman qui bouleverse notre vision des choses.
Les premières lignes:
Il était 0h7. Le chien était allongé dans l'herbe au milieu de la pelouse, devant chez Mme Shears. Il avait les yeux fermés. On aurait dit qu'il courait couché sur le flanc, comme font les chiens quand ils rêvent qu'ils poursuivent un chat. Mais le chien ne courait pas. Il ne dormait pas non plus. Il était mort. Il avait une fourche plantée dans le ventre. Les dents avaient dû le traverser de part en part et s'enfoncer dans le sol, parce qu'elle n'était pas tombée. Je me suis dit que le chien avait sans doute été tué avec la fourche, parce que je ne voyais pas d'autres blessures. Et je ne pense que quelqu'un irait planter une fourche dans un chien qui serait mort d'autre chose, d'un cancer par exemple, ou d'un accident de la route.
Ma note: 8 / 10
Ténébreuse
L'Age de Régis Hastur, tome 1, Marion Zimmer Bradley
Ce livre fut celui de la découverte de Ténébreuse. Je connaissais Marion Z. Bradley par son livre sur le roi Arthur (Les dames du Lac, je crois) et j'ai acheté ce livre sans aucune connaissance de cette saga de Ténébreuse. Ce qui m'a attiré: la grosseur du bouquin, idéale pour passer l'été. Ce qui me rebutait un peu: la couverture, un peu new age...
Mais ce fut le choc et l'addiction immédiate à ce monde. La romance de Ténébreuse comporte 27 tomes auxquels on doit rajouter 6 chroniques, écrites par différents auteurs qui peuvent ainsi apporter leur vision de ce monde. Le tome 1 de L'Age de Régis Hastur comporte 3 romans: Soleil Sanglant, L'Héritage de Régis Hastur et Projet Jason.
En quelques mots, une planète découverte et colonisée par les Terriens dont certains vont développer des pouvoirs psy (télépathie, empathie, télékinésie, et bien d'autres). Ceux-ci forment la caste dominante, les Comyns. Les Ténébrans vont oublier leur ascendance terrienne jusqu'au retour de l'Empire terrien, plusieurs siècles plus tard. On peut suivre ainsi l'histoire avec un grand H, où comment des faits peuvent influer sur l'avenir des hommes, comment deux civilisations pourtant "soeurs" vont se faire la guerre et comment surmonter les différences. C'est un peu réducteur, bien sûr, mais une saga aussi riche ne peut se raconter en si peu de mots.
Les premières lignes:
Leonie Hastur était morte.
L'ancienne léronis, magicienne des Comyn, Gardienne d'Arilinn, télépathe, détentrice de tous les pouvoirs de la science des matrices de Ténébreuse, était morte comme elle avait vécu, recluse, au plus haut de la Tour d'Arilinn.
Personne ne sut à quelle heure la mort était venue la prendre, pour l'emporter dans l'un de ces mondes où elle évoluait aussi facilement que dans son jardin clos, personne, pas même son apprentie, la prêtresse novice Janine Leynier de Storn.
Elle mourut seule; personne ne la pleura. Leonie était crainte, révérée, adorée presque à l'égal d'une déesse dans tous les Domaines de Ténébreuse, mais elle n'était pas aimée.






