Bouq1 et Cie

Au fil des lectures et autres découvertes

27 janvier 2008

Onirique

21bZSU_1L9LKafka sur le rivage, Haruki Murakami

Kafka Tamura, quinze ans, s'enfuit de sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. De l'autre côté de l'archipel, Nakata, un vieil homme amnésique décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s'entremêlent pour devenir le miroir l'une de l'autre tandis que, sur leur chemin, la réalité bruisse d'un murmure enchanteur. Les forêts se peuplent de soldats échappés de la dernière guerre, les poissons tombent du ciel et les prostituées se mettent à lire Hegel. Conte initiatique du XXIè siècle, Kafka sur le rivage nous plonge dans une odyssée moderne et onirique au coeur du Japon contemporain.

Un très bon roman, encore un de mes coups de coeur du moment, qui nous emmène loin: au Japon d'une part et dans l'imaginaire d'autre part.
On suit pas à pas la fuite de Kafka Tamura et sa recherche de liberté, surtout pour échapper à l'horrible destin esquissé par son père, variation du thème oedipien. Il y rencontre des personnages attachants, Sakura, une jeune coiffeuse, sa soeur rêvée; Oshima, personnage énigmatique, sorte de mentor, qui lui parle littérature, philosophie, et musique et enfin, Mademoiselle Saeki avec qui d'étranges liens sont tissés. En parallèle, Nakata, vieil homme amnésique et un peu simple, mais aux mystérieux pouvoirs et à la sagesse d'un fou, va entreprendre lui aussi un voyage dont il ne connait pas le but. Mais l'appel de la "pierre d'entrée" est impératif: telle est sa mission.
C'est effectivement un conte initiatique car le merveilleux, le poétique et l'imaginaire sont très présents. A la fois par le parcours intérieur de Kafka en lien avec le destin de Mademoiselle Saeki, mais aussi par Nakata, marqué par une expérience hors du commun dès son plus jeune âge, qui développe un lien particulier avec la nature et plus particulièrement les chats.
Le réel se confond avec un autre monde bien mystérieux, où le souvenir et la mémoire jouent un rôle prépondérant. Les épreuves attendent Kafka Tamura, pour pouvoir vivre, enfin. Aura-t-il la force et le courage de revenir de ce voyage?
Je pense qu'une seule lecture ne suffit pas pour ce livre. La première est celle de la découverte mais le relire permettra sans aucun doute d'en saisir tout le sens.
Bref, j'ai passé un très agréable moment dans l'univers de l'auteur et je ne peux qu'en recommander chaudement la lecture.

Les premières lignes:
 
- Et pour l'argent, ça s'est arrangé? demande le garçon nommé Corbeau.
  Il parle de sa façon habituelle, un peu lente. Comme quelqu'un qui sort à peine d'un profond sommeil et ne peut remuer ses lèvres tant elles sont engourdies. Mais ce n'est qu'une apparence: en réalité, il est parfaitement lucide. Comme toujours.
  Je hoche la tête.
  - Tu as combien à peu près?
  Je lui réponds après avoir à nouveau passé les chiffres en revue dans ma tête:
  - Environ quatre cent mille en liquide. Sans compter une petite somme que je pourrai retirer avec ma carte bancaire. Ca ne suffira peut-être pas mais c'est un bon début.

Ma note: 8 / 10

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23 janvier 2008

Destins

9782253112129 La Souris Bleue, Kate Atkinson

Un détective privé enquête à Cambridge sur des affaires criminelles qui n'ont jamais été éclaircies. Il doit remonter à des évènements souvent très lointains pour suivre les traces de la mystérieuse "Souris Bleue". Les intrigues se déroulent dans des milieux sociaux très divers, allant de la classe ouvrière à la gentry. Les drames les plus poignants alternent avec les épisodes désopilants, dans lesquels on retrouve le regard caustique de Kate Atkinson sur notre monde moderne, la télévision, la "néfaste food", l'amour parental avec ses excès et ses carences, notamment. Anticipations et retours en arrière tiennent le lecteur en haleine. Une fois encore, l'auteur de "Dans les coulisses du musée" s'y entend à dépeindre, avec une étonnante âpreté de ton, les maux de notre société.

Un romans où les destins s'entrecroisent, souvent dans le malheur. Chaque chapitre concerne un des personnages. De près ou de loin, ils sont tous mêlés, le détective faisant le lien entre eux, car chacun est le centre d'une histoire de famille assez sordide: un père et sa fille assassinée, deux femmes recherchant leur petite soeur disparue il y a 34 ans, une femme recherchant sa nièce, au centre d'un drame familial particulièrement tragique.
Je n'ai pas trouvé ce roman franchement gai, malgré quelques touches d'humour bienvenues. J'ai eu un peu de mal à situer correctement les personnages car l'alternance des points de vues et des époques m'a un peu embrouillé au début mais le mélange prend assez vite. Les trois histoires principales et celle du détective nous tiennent en haleine, l'intrigue se dévoilant petit à petit, même si ce genre d'histoire flanque un peu le bourdon de par le sujet des drames familiaux assez glauques et en constatant que les vies des personnages, leurs espérances, leurs échecs sont finalement assez proches des nôtres.

Les premières lignes:
 
Quelle chance elles avaient! Une vague de chaleur au milieu des grandes vacances, là où on l'attendait. Tous les matins, levé bien avant elles, le soleil faisait fi des fins voilages qui pendaient mollement aux fenêtres des chambres à coucher, un soleil déjà brûlant et moite de promesses, avant même qu'Olivia n'ait ouvert les yeux. Olivia, matinale comme un coq, toujours la première debout, au point que plus personne dans la maison n'utilisait un réveil depuis sa naissance, trois ans plus tôt.

Ma note: 7 / 10

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19 janvier 2008

Familie

218NB1ISGrLUne comédie française, Erik Orsenna

1945. Louis et Bénédicte se rencontrent, se sourient, puis se marient. Louis s'engage dans la reconstruction du pays et Bénédicte fait de la jalousie son métier. Clara, leur fille, découvre le don des larmes: pleurer sera son seul plaisir. Quant à Charles, son petit frère, il s'étonne, à cinq ans, de n'être déjà pas ministre de l'Intérieur. Une comédie française raconte la course irrésistible de ces quatre personnages dans les coulisses de l'Histoire des vingt années d'après-guerre.

Assez déçue par ce livre. J'ai tenu bon et je l'ai lu en entier, mais sans retrouver ce que je connaissais du talent d'Erik Orsenna. Il y a bien sûr de l'humour, du décalage, du burlesque. On a même parlé du surréalisme dans le 4è de couverture d'une ancienne édition (1981). Mais soit dit en passant, trop de burlesque tue l'histoire. Je ne me suis pas attachée aux personnages, complètement délirants. Peut-être est-ce cela le surréalisme et peut-être n'y suis-je pas sensible. D'ailleurs, j'ai de plus en plus de mal avec ce genre d'histoire, j'irai presque jusqu'à dire que c'est n'importe quoi. Ce n'est que mon avis bien sûr.
Le seul point positif, c'est qu'il se lit vite. Bref, ce n'est pas le meilleur Orsenna...

Les premières lignes:
 
S'aimaient-ils?
   Allez vous y retrouver dans les sentiments d'après-guerre. Une fois éteintes les marseillaises, embrassés et rembarqués les GI's, revenus les déportés, poussés les cris d'horreur, notre pays redevint tellement silencieux, le moindre sourire résonnait, prenait valeur de serment, de  point d'orgue.
- Puis-je m'asseoir à votre table? demanda Louis.
- 14-18, 39-45: les conflits mondiaux durent de plus en plus longtemps, remarqua Bénédicte.

Ma note: 4 /10

Posté par Aileean à 10:53 - Romans (24) - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 janvier 2008

Chef d'oeuvre!!!

3384442152372Persepolis, de Marjanne Satrapi et Vincent Paronnaud

Juste un petit article pour vous recommander chaudement ce film, qui m'a vraiment chamboulée. Pour moi, c'est un chef d'oeuvre!!! L'histoire de Marjanne Satrapi elle-même, petite Iranienne qui a vécu une Révolution et une guerre à même pas 15 ans, âge où elle est envoyée en Autriche pour étudier et lui épargner la guerre qui continue et fauche à tour de bras. En Autriche, malgré tout, elle reste une étrangère et lorsqu'elle revient en Iran, c'est la même chose: elle se sent différente et ça la mine. Mais elle a une famille qui la soutient dont une grand-mère avec qui elle est très proche.
Ce film change des films d'animation classiques car les dessins sont proches de la bande dessinée de l'auteur (sur ma LAL), mais les mouvements sont très fluides et les personnages vraiment expressifs. L'émotion passe à chaque instant et j'ai aussi pu découvrir une partie de l'histoire que je connaissais peu: l'Iran des années 80/90. On sort des clichés pour découvrir la vie des Iraniens à l'époque et ça n'en est que plus prenant.
A voir absolument!!!!

Ma note: 10 / 10

Posté par Aileean à 20:54 - Ciné - Télé - DVD (5) - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

L'Afrique

11CVPGBBFFLMadame Bâ, Erik Orsenna

  Pour retrouver son petit-fils préféré qui a disparu en France, avalé par l'ogre du football, Madame Bâ Marguerite, née en 1947 au Mali, sur le bords du fleuve Sénégal, présente une demande de visa. Une à une, elle répond scrupuleusement à toutes les questions posées par le formulaire officiel 13-0021. Et elle raconte alors l'enfance émerveillée au bord du fleuve, l'amour que lui portait son père, l'apprentissage au contact des oiseaux..., sa passion somptueuse et douloureuse pour son trop beau mari peul, ses huit enfants et cette étrange "maladie de la boussole" qui les frappe...
Sans fard ni complaisance, c'est l'Afrique d'aujourd'hui qui apparaît au fil des pages, l'Afrique et ses violences, ses rêves cassés, ses mafias, mais aussi ses richesses éternelles de soliarité et ce formidable tissage entre les êtres.
Quinze ans après L'exposition coloniale, Erik Orsenna explore à nouveau les relations de la France avec son ancien empire. Mais cette fois, c'est le Sud qui nous regarde.

Voilà un autre de mes coups de coeur du moment. Madame Bâ, magnifiquement racontée par Erik Orsenna, nous livre sa vie de femme africaine du Mali, bercée par le rythme du fleuve Sénégal.
La construction est originale, se basant sur un formulaire de demande de visa. Chaque chapitre reprend une rubrique: après tout, ce roman est le dernier recours de Marguerite Bâ, épouse Dyumasi, auprès du Président de la République française pour obtenir un visa et rejoindre son petit-fils en France.
On y découvre sa vie, de sa naissance mouvementée à son mariage, puis femme seule avec huit enfants au service de son pays, d'abord engagée dans le co-développement avec la France (co-développement toujours éminemment politique, mais rarement en phase avec la population africaine...) pour devenir ensuite institutrice portée par l'espoir que "la nouvelle génération, mieux instruite, bâtirait une planète plus douce à vivre que la précédente".
Mais en Afrique, rien n'est simple, et on découvre aussi que souvent, comme le souligne Marguerite, son continent a une spécificité, c'est que "le pire a cette capacité démoniaque d'engendrer de l'encore pire". La femme africaine a la vie dure...mais elle ne se plaint pas.
Malgré tout, c'est un réel plaisir de s'immerger dans cette Afrique qui nous renvoie notre image d'Occidentaux complètement décalée d'avec leur réalité.
Lorsqu'on lit ce livre, on est submergé par les odeurs, les couleurs, le soleil et on imagine le grand fleuve Sénégal et ses méandres. A lire pour vivre un chaleureux dépaysement avec une femme qui sort de l'ordinaire, Madame Bâ.

Les premières lignes:
 
Monsieur le Président de la République française.
   J'ai bien réfléchi: notre ancêtre est un oiseau. "ô serefana ni yéliné gna", comme nous disons, nous autres Soninkés.
   Je me suis éloignée du village, j'ai marché entre les pousses de mil, j'ai posé les deux mains sur ma tête pour me protéger du soleil, j'ai froncé les sourcils pour m'étirer le cerveau et j'en suis arrivée à cette conclusion: celui qui ne remonte pas aux siècles lointains des ailes ne comprend rien à notre histoire.
   Evidemment, je pourrais farfouiller encore plus haut dans les souvenirs.
   Au commencement était la mer, qui recouvrait l'Afrique.
  Au commencement était le désert, quand la mer se retira.
  Une origine est toujours la fille d'une origine plus ancienne.

Ma note: 9 / 10

Posté par Aileean à 18:25 - Romans (24) - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 janvier 2008

Nos amis les chats

21O7Vwy612LL'école des chats, KIM Jin-kyeong
                           1- Le Secret de la Grotte de Cristal
                           2- Le Cadeau magique
                          3- La prophétie se réalise

"Les chats qui ne jouent pas pendant les cours seront punis!"
Drôle d'école que cette école des chats, où il est très recommandé de jouer pendant les cours, et où l'on apprend l'histoire des chats et la magie!
Nouvel élève de la classe de Cristal, Brin-d'Osier ne tarde pas à devenir très ami avec Mandragore, un grand matou fier de ses muscles, et Mot-d'Amour, une ravissante et espiègle chatte. Or, un lieu mystérieux les attire plus que tout: la Grotte de Cristal, où est enfermé le redoutable Chat Noir, le roi des chats-ombres qui menacent d'engloutir le monde dans les ténèbres. Un jour, les trois amis relèvent le défi: il s'agit, ni plus ni moins, de pénétrer dans la grotte interdite! Les voilà qui entrent avec précaution dans la grotte d'où leur parviennent des gémissements à donner la chair de poule...

J'ai bien aimé cette histoire car les chats sont comme nous. Cela se passe en Corée, à Séoul. Le héros est Brin-d'Osier,un chat blanc à tâches marrons. Il apprend qu'il y a un école de chats, il décide d'y aller et il est admis dans la classe de Cristal. Il se fait des amis: Mandragore et Mot-d'Amour.
Les dessins sont magnifiques.
Mon passage préféré est quand ils doivent trouver la Chatte-Terre qui est la femme du Chat-Soleil pour arrêter l'éclipse qui donne plus de pouvoir aux Chats-Ombres, les méchants qui veulent attaquer les vivants. On apprend aussi que les chats morts peuvent devenir des hommes, avec leur esprit, ils sont autistes, ils ne peuvent pas parler. Je vous conseille de le lire car c'est plein d'aventures.

=> L'avis de Flo

Les premières lignes:
    Poum! Poum! Poum! Des bruits de pas résonnent sur le chemin. D'après leur lourdeur, ce doit être un adulte. Ah oui! C'est le père de Minjun. Il porte sa tenue de randonneur, un sac sur les épaules. Comme aujourd'hui nous sommes dimanche, il doit rentrer d'une excursion en montagne.
  - Tiens? Ques-ce que c'est?
Au moment de franchir le portail, le père de Minjun s'arrête net devant la boîte aux lettres. Il vient de remarquer quelques mots maladroitement écrits sur le couvercle en fer-blanc.. Il s'approche pour regarder de plus près et s'aperçoit que ce sont les noms de tous les membres de la famille: Papa, Maman, Nayeong, Minjun, Mori...
  Le père de Minjun rit doucement: Mori, c'est le chat de la maison.

Posté par L O U H à 15:36 - Bambinoblog (3) - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 janvier 2008

Bacillus vampiris

21qp8pHD1ILJe suis une légende, Richard Matheson

Chaque jour, il doit organiser son existence solitaire dans une cité à l'abandon, vidée de ses habitants par une étrange épidémie. Un virus incurable qui contraint les hommes à se nourrir de sang et les oblige à fuir les rayons du soleil...
  Chaque nuit, les vampires le traquent jusqu'aux portes de sa demeure, frêle refuge contre une horde aux visages familiers de ses anciens voisins ou de sa propre femme.
  Chaque nuit est un cauchemar pour le dernier homme, l'ultime survivant d'une espèce désormais légendaire.

Je n'avais pas fait le lien avec le film qui allait sortir lorsque je l'ai trouvé à la librairie. Tout de suite, j'ai fait le parallèle avec Cellulaire de Stephen King, tout en sachant que Richard Matheson l'avait écrit bien avant lui et que son roman, au moins, portait sa marque d'auteur reconnu de SF. Je ne l'ai pas acheté tout de suite et lorsque je me décidai, l'edition et la couverture avaient changé...Maintenant, on peut voir l'affiche du film qui vient de sortir. Rien de tel pour me retenir...je ne sais pas pourquoi, je n'aime pas trop acheter les livres avec en couverture l'affiche du film dont ils ont fait l'objet. J'ai l'impression que ça va me gâcher ma propre lecture...
Bref, je l'ai pris quand même, mais j'ai eu du mal à le commencer. J'avais peur d'être déçue, d'autant que je n'avais pas la tête à une histoire de vampires...
Et finalement, loin de me decevoir, l'histoire m'a happé, je l'ai lu d'une traite.
Le récit est construit de manière linéaire, en respectant la chronologie. On trouve l'humanité - plutôt ce qu'il en reste, en proie à un virus mortel, auquel Neville a échappé. Il s'est barricadé dans sa maison, où il dispose de tout ce dont il a besoin, faisant le plein le jour et subissant l'assaut des autres dès la nuit tombée. Pour l'instant, il apparaît être le seul survivant et les doutes l'assaillent de plus en plus, d'autant qu'il repense à sa femme et sa fille qui ont dû subir le sort réservé aux contaminés: la mort par le feu ou par un pieu dans le coeur. Il va se lancer dans une quête éperdue, comprendre ce qui s'est réellement passé et surtout, essayer de trouver une solution à la survie de son espèce, notamment par l'éradication pure et simple des autres. Mais qui sera le plus fort? L'individu isolé ou le plus grand nombre, ceux qui définissent la norme, finalement, même si cette norme parait impensable?
C'est un bon roman de fin du monde, on est impliqué dans la vie de Neville, et on attend comme lui, toute trace de survie humaine, et même si l'on sent le poids irrévocable du destin de l'homme seul face à la multitude, l'espoir demeure...La question revient sans cesse: pourquoi survivre tel qu'on est et ne pas céder à la facilité, devenir comme eux?
Je me demande vraiment comment Hollywood va tourner ça. J'ai quelques doutes sur l'adaptation fidèle, mais bon, c'est à voir...

Les premières lignes:
 
Par temps couvert, Robert Neville se laissait parfois surprendre par la tombée de la nuit; ils se répandaient alors dans les rues avant qu'il fût rentré.
   Un esprit plus analytique aurait pu calculer l'heure approximative de leur arrivée, mais Neville avait gardé l'habitude de s'en remettre à l'aspect du ciel, une méthode que les nuages rendaient inopérante. En conséquence, il préférait ne pas s'éloigner de chez lui ces jours-là.
  Il fit le tour de la maison dans la grisaille de l'après-midi, une cigarette au coin des lèvres, traînant derrière lui un mince cordon de fumée. Il inspecta chaque fenêtre, vérifiant qu'aucune planche ne branlait.

Ma note: 8 / 10

Posté par Aileean à 17:22 - Fantasy - SF - Imaginaire (20) - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Mystère canadien

21zZ1fE9IzLMystères, Robert McGill

  A Sunshine, petite ville canadienne de l'Ontario, il semble qu'il ne se passe jamais rien: au bord du lac, le tourisme balbutie, le commerce végète et le parc animalier, créé par un inconnu venu de Toronto, n'arrive pas à attirer grand monde.
Mais un cercle de pierres édifié sur un ancien cimetière des Nations Premières suscite la polémique, un tigre rôde dans la campagne environnante et Alice Pederson, unique dentiste de la ville, a disparu.
Robert, jeune citadin assistant par hasard à la fête du solstice d'hiver destinée à célébrer le premier anniversaire du cercle de pierres, s'est vu chargé par un auto-stoppeur de remettre un cahier jaune à Alice Pederson et se trouve plongé dans les mystères de Sunshine.
Récit polyphonique et poétique, portrait d'une petite ville vue au travers des yeux de ses notables, ce premier roman atypique de Robert McGill semble caresser le réel pour l'amener à se dévoiler.

Ce livre restera pour moi un exercice de style. Mon impression est que la forme fut privilégiée. En effet, le récit est à plusieurs voix, chaque chapitre racontant le point de vue d'un personnage, l'histoire s'entremêlant. Malheureusement, les personnages ne sont pas vraiment sympathiques, et de ce fait, on a du mal à s'y intéressser. Il manque un peu d'émotion. L'intrigue existe, certes, mais j'ai lu d'autres livres qui étaient passionnant avec moins que ça...
Bref, le seul point positif est que ce livre nous fait découvrir un peu du Canada, à travers la vie d'une petite ville. A part ça, je reste sur ma faim...

Les premières lignes:
 
Tu m'appelles Robert. Cela confère à notre relation un formalisme qui me déplaît - moi qui veux que tu me connaisses intimement, sans frontières. Deux personnes peuvent-elles se comprendre ainsi? Si quelqu'un peut le savoir, c'est bien toi, compte tenu du temps que tu passes dans les salles d'audience en quête de la vérité. Tu as entendu les secrets qui se dévoilent dans les taxis et les cellules, après le verdict, ce que le juge et le jury n'entendent jamais. Il y a des choses que je pourrais te dire, moi aussi, tandis que nous roulons ensemble sur cette route, mis nous avons un accord. Plus d'aveux. Récemment, j'ai admis toutes mes carences, et tu en as assez de les entendre.

Ma note: 6 / 10

Posté par Aileean à 09:40 - Polars (22) - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 janvier 2008

9782070347803 Le bar des habitudes, Franz Bartelt

Au fil de ces seize brefs récits, Franz Bartelt nous raconte des destinées exemplaires, dans un registre tour à tour goguenard et tendre, loufoque et cruel.

J'ai lu avec plaisir ces nouvelles qui nous racontent dans un style simple les vies de personnages si proches de nous parfois. L'imprévu arrive dans leur vie et peut tout chambouler (Le bar des habitudes, Un parcours sans faute, Un voisin redoutable). On découvre aussi de savoureux portraits où l'absurde cotoie l'ironie(Tueur en série, Testament d'un homme trop aimé, Histoire molle).
Je me méfie toujours des nouvelles car je trouve qu'il manque souvent quelque chose au récit mais là, je ne suis pas déçue et j'ai passé un agréable moment.
Ce livre a obtenu le Prix Goncourt de la nouvelle en 2006.

Extrait:
Guy Vouine était mou de naissance. Il avait coulé de sa mère, comme d'un pot de confiture renversé. L'accouchement n'avait requis aucun effort, aucune poussée. L'enfant faisait un petit tas sur les linges et le cri qu'il exhala pour manifester qu'il était vivant montait de lui avec la légèreté d'une vapeur. La sage-femme, qui en avait vu de toute sorte, se dit seulement qu'elle n'en avait encore jamais vu de si mou.
Plus tard, il s'avéra que l'enfant physiquement mou était également mou à l'intérieur...

Ma note: 8 / 10

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03 janvier 2008

Manipulations

214FH6CT7XLDu bout des doigts, Sarah Waters

Londres, 1862. A la veille de ses dix-huit ans, Sue Trinder, l'orpheline de Lant Street, le quartier des voleurs et des receleurs, se voit proposer par un élégant, surnommé Gentleman, d'escroquer une riche héritière. Orpheline elle aussi, cette dernière est élevée dans un lugubre manoir par son oncle, collectionneur de livres d'un genre tout particulier. Enveloppée par une atmosphère saturée de mystère et de passions souterraines, Sue devra déjouer les complots les plus délicieusement cruels, afin de devenir, avec le concours de la belle demoiselle de Briar, une légende parmi les cercles interlopes de la bibliophilie érotique. Héritière moderne de Dickens, mais aussi de Sapho et des Libertins; Sarah Waters nous offre une vision clandestine de l'Angleterre victorienne, un envers du décor où les héroïnes, de mariages secrets en amours interdites, ne se conduisent jamais comme on l'attendrait. Un roman décadent et virtuose.

Un 4è de couverture qui m'apparaît encore trompeur, même si je suis d'accord avec la fin, qualifiant ce roman de virtuose.
Bref, c'est mon coup de coeur du moment, je n'ai pas pu m'arrêter de lire, tellement j'ai été emportée par l'histoire, un chef d'oeuvre de la manipulation, à deux voix, dans une Angleterre miséreuse du XIXè.
La comparaison avec Dickens est tout à fait réelle alors que je reste un peu plus réservée sur celle avec Sapho et les Libertins. A mon avis, ce n'est pas parce que les deux héroïnes vont vivre une passion, contrariée et déplacée dans l'Angleterre de cette époque, que l'on doit agiter Sapho et les Libertins comme pour attirer le lecteur. C'est un peu réducteur... Je l'ai plus vécu comme une histoire d'amour évidemment, mais aussi, presque comme un polar, tant le suspense est présent. Je ne dévoilerai pas l'intrigue, mais les rebondissements sont légions, et tout cela nous tient en haleine de bout en bout. Dans la première partie, on vit l'histoire de Susan Trinder/Susan Smith, engagée pour être la femme de chambre de  Maud Lilly, riche héritière. La deuxième partie nous présente la vision de Maud sur la même période et on s'amuse à faire le parallèle entre les deux versions puisque certains dialogues s'éclairent d'un jour nouveau: qui est celle qui sait? qui est celle qui manipule?
La troisième partie reprend l'histoire de Susan Trinder. Mais qui est-elle vraiment?
Les descriptions du Londres "underground" et plus largement de l'Angleterre et ses vices font froid dans le dos: on se familiarise avec dégoût avec le métier de nourrice de Mme Sucksby, on découvre le traitement de la folie où ce qu'on tient pour tel à l'époque (ou ce que l'on veut tenir pour tel, certaines personnes étant indésirables dans leur famille, le placement pouvant être avantageux...) car la folie n'est sans doute pas seulement là où on l'attend et l'argot des petits voleurs n'a plus de secret pour nous, même si j'en ai trouvé la lecture un peu difficile au début.
Le style est simple et fluide et révèle le talent de l'auteur qui réussit brillament à nous faire vivre les tourments de ces personnages.
En bref, on est scotché du début à la fin par ce roman qui peut être à la fois roman d'initiation, histoire d'amour et manipulation machiavélique.

Les premières lignes:
  En ce temps-là, je m'appelais Susan Trinder. Les gens me disaient Sue. Je connais l'année de ma naissance, mais pendant longtemps, j'ai fêté mon anniversaire à Noël, faute de savoir le jour. Je suis orpheline de père et de mère, autant que je sache. Ma mère en tout cas est bien morte. Je ne l'ai jamais connue, je ne me souciais pas d'elle. J'étais la fille de Mme Sucksby, ou c'était tout comme, et pour me tenir lieu de père, il y avait M. Ibbs, serrurier à Lant Street dans le Borough - "le Quartier", comme on disait - , sur la rive droite de la Tamise, au bord de l'eau.
  Je me souviens de la première fois que quelque chose m'a fait réfléchir au monde et à ma place dans la vie.
  Une fille, Flora, avait donné deux sous à Mme Sucksby pour m'emmener faire la manche au spectacle. A l'époque, les chineurs m'aimaient bien, à cause de ma tête blonde, et comme Flora avait aussi les cheveux clairs, elle pouvait me faire passer pour sa petite soeur.

Ma note: 10/10

Posté par Aileean à 21:35 - Romans (24) - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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