29 février 2008
Oeil pour oeil...
Viol, une histoire d'amour, Joyce Carol Oates
4 juillet: feu d'artifice à Niagara Falls. En rentrant chez elles après la fête, Tina et sa fille ont la mauvaise idée de passer par le parc. Elles croisent des jeunes défoncés qui violent Tina et la laissent pour morte dans un hangar à bateaux. Très vite, la ville la condamne: ne serait-elle pas trop jolie pour être honnête?
Un roman choc, coup de poing. A travers un fait divers sordide, l'auteur nous montre par les yeux de Bethie, douze ans, la lente destruction de Tina, sa mère. On se remet très difficilement d'une agression comme celle-ci, et pour commencer à se reconstruire, les faits doivent être reconnus, les coupables jugés. C'est ce que la justice va refuser à Tina, en insinuant le doute dans le témoignage de Bethie (comment une fillette de douze ans qui n'a pas vu réellement le viol peut-elle témoigner?) et surtout sur la moralité de Tina. Après tout, elle l'avait bien cherché... La sempiternelle accusation, l'excuse de toujours des violeurs et autres agresseurs... L'auteur ne charge pas, les faits sont là: les victimes de viol ont toujours du mal à se faire entendre...
Et avec tout ça, où peut bien se situer une histoire d'amour, que laissait présager ce titre mystérieux, assemblage de deux contraires?
Un homme, un flic, arrivé le premier sur les lieux du drame, bouleversé par les faits, va se sentir investi d'une mission. Protéger Tina et Bethie. Même s'il se refuse à appeler cela de l'amour, il reste dans l'ombre des deux femmes, presqu'à leur insu. Seul Bethie, troublée par le personnage, comprend. Oeil pour oeil, dent pour dent...
C'est un roman très rapide à lire. Les chapitres sont très courts et le récit est la plupart du temps à la deuxième personne du singulier, comme si un narrateur s'adressait à Bethie. Sans aucun voyeurisme et avec sensibilité, l'auteur nous montre sans fard cette période de la vie de Bethie et Tina, où tout a basculé, les marquant à jamais.
Les premières lignes:
Elle l'a cherché.
Après qu'elle eut été violée, frappée, battue et laissée pour morte sur le sol crasseux du hangar à bateaux du parc de Rocky Point. Après qu'elle eut été traînée dans le hangar par ces cinq types ivres - à moins qu'ils aient été six ou sept - et sa fille de douze ans avec elle qui hurlait Lâchez nous! Ne nous faites pas de mal! Ne nous faites pas de mal, s'il vous plaît! Après qu'elle avait été poursuivie par ces types comme par une meute de chiens lancés sur leur proie, se tordant la cheville, perdant ses deux souliers à talons sur le sentier du bord de l'étang. Après qu'elle les ait suppliés de ne pas toucher à sa fille et qu'ils s'étaient moqués d'elle.
Ma note: 8 / 10
23 février 2008
L'étoile du danger, La Romance de Ténébreuse, Marion Zimmer Bradley
Quand Larry Montray revêtit son costume de Ténébran, il eut d'abord l'impression de se déguiser; puis dans la glace qui reflétait sa silhouette, il crut entrevoir une couche plus profonde de sa personnalité. Larry avait seize ans: pour les Ténébrans, il était majeur, en âge de porter l'épée. Son père avait un point de vue très différent. Comme tous les employés de l'astroport, il pensait que les Terriens étaient là pour faire du commerce et n'avaient aucune raison de rechercher l'amitié des autochtones, eux-mêmes très méfiants.
Mais Larry était poussé par une soif d'inconnu (une "infernale curiosité", disait son père) qui lui inspirait des initiatives peu orthodoxes. Il était fasciné par cette planète étrange. Il avait envie de s'y faire des amis et ne s'attendait pas du tout aux graves ennuis qu'il allait leur causer. Il était prêt à donner beaucoup et n'avait pas conscience de son extraordinaire aptitude à déstabiliser.
Toute l'affaire s'est passée il y a bien longtemps. Mais la planète Ténébreuse n'a pas oublié Larry Montray.
J'ai trouvé ce tome un peu décevant, car même s'il se passe sur un court laps de temps, je l'ai trouvé trop rapide et un peu approximatif. Il fait partie de "L'age de Damon Ridenow" (une des sept parties de La Romance de Ténébreuse) et se situe après "La tour interdite". Mais justement, je ne l'ai pas trouvé dans la continuité... Et comme il arrive dans la Romance de Ténébreuse, je me suis rendue compte que "L'étoile du danger" avait été écrit en 1965 avant "La tour interdite" (1977). On peut donc se dire que les caractéristiques de Ténébreuse n'étaient peut-être pas fixées définitivement... d'où certains passages un peu troublants, notamment sur l'emploi des matrices ou pierre-étoiles.
Malgré cela, l'emprise de Ténébreuse demeure et l'on va découvrir la rencontre et l'amitié de deux jeunes garçons de deux mondes différents; un plaidoyer pour la tolérance, car c'est seulement ensemble qu'ils vont pouvoir vaincre l'adversité, et un roman initiatique puisque Larry va passer de l'adolescence à la maturité.
Larry Montray suit son père qui est muté à Ténébreuse. Curieux et enthousiaste, il est attiré par cette nouvelle planète et ne peut se cantonner à la Cité Terrienne, tellement semblable à la Terre elle-même. Au cours d'une de ses explorations, il va rencontrer Kennard Alton, jeune aristocrate ténébran, avec qui il va se lier, malgré les avertissements de son père. Une amitié nouvelle pour ces deux mondes qui cohabitent sans se mélanger. Larry et Kennard vont-ils pouvoir faire évoluer les positions des deux camps? Invité officiellement à séjourner chez les Alton, Larry saura-t-il s'intégrer à un mode de vie différent?
C'est encore une fois le thème du choc des cultures qui est évoqué à travers la vision de ces deux jeunes hommes, et le dénouement laisse présager plus qu'une simple cohabitation entre ces deux mondes. Tout devient possible.
J'ai aussi apprécié que le voyage de Larry et Kennard, loin d'être touristique, nous ait fait découvrir les autres créatures de Ténébreuse, souvent juste évoquées dans les autres tomes: les dangereux Banshees, les paisibles Hommes des Bois et les mystérieux Chieri: une vision d'ensemble de Ténébreuse, de sa géographie et de ses habitants.
Les premières lignes:
Ca ne ressemblait pas du tout à une planète étrangère.
Larry Montray, debout en haut de la longue passerelle de l'immense astronef, déçu, désappointé, sentit son coeur se serrer. Ténébreuse. Un monde étrange gravitant autour d'un étrange soleil, à des centaines d'années-lumière de la Terre, et rien n'avait l'air différent.
Il faisait nuit. Au-dessous de lui s'étendait l'astroport, éclairé comme en plein jour par l'éclat blanc bleuté des rangées de lampes à arc; immense mosaïque de rampes et de pistes en béton, où l'on distinguait vaguement les silhouettes sombres des géants des étoiles, les chaussées, les escaliers, les plans inclinés montant vers les rues hautes et les formes noires des gratte-ciel au-delà de l'astroport.
Ma note: 6 / 10
22 février 2008
La tour interdite, La Romance de Ténébreuse, Marion Zimmer Bradley
Ellemir et Callista, les soeurs jumelles, épousent les deux vainqueurs des hommes-chats: Damon et le Terrien Andrew. C'est l'heureuse conclusion d'une aventure et le début d'une double malédiction: l'union consanguine d'Ellemir et de Damon est menacée de stérilité; Callista, destinée à devenir Gardienne de la tour d'Arilinn, a été si bien conditionnée qu'Andrew ne peut pas l'approcher. Tous quatre sont yélépathes, ce qui devrait faciliter leur entraide. Mais la règle est très stricte: on n'utilise pas les pouvoirs psi pour changer le destin, sauf dans les Tours. Alors pourquoi ne pas défier la coutume et bâtir sa propre Tour?
Un roman essentiel puisqu'on décortique ici le conditionnement mystérieux des Gardiennes des Tours, à travers la douloureuse expérience de Callista.
Dans un environnement télépathe, rien ne peut être caché. Andrew éprouve une grande frustration du fait que son mariage ne puisse être consommé et Callista se ronge de ne pouvoir satisfaire son époux. Sa soeur jumelle Ellemir et son mari Damon les soutiennent dans cette épreuve mais le pire reste à venir. On ne renie pas ses voeux de Gardienne sans en pâtir. Damon, ayant un temps vécu à la Tour d'Arilinn, va essayer de trouver un remède au mal de sa belle-soeur. Ses recherches vont l'amener à se poser des questions sur ces lois qui régissent les tours et les pouvoirs psi...Edictées il y a bien longtemps, sont-elles toujours d'actualité?
Bizarrement, d'autres pratiques tombées en désuétude paraissent plus d'actualité...
Damon, accompagné de son cercle, va défier les traditions, pour le bien de tous, pense-t-il. Est-on à l'aube d'un changement radical? Va-t-on arrêter de conditionner dramatiquement les jeunes filles pour en faire des "vierges sacrées"?
Et surtout, Callista et Andrew trouveront-ils le bonheur de vivre ensemble, en couple marié reconnu de tous?
Comme d'habitude, Marion Z. Bradley pose des questions très actuelles sur le mariage, le poids des traditions et le choc des cultures à travers les moeurs sexuelles. Et comme d'habitude encore, on est transporté à Ténébreuse, vivant nous aussi les turpitudes de nos héros, toujours présentés avec psychologie et empathie. Bref, un bon roman, même si la fin est un peu rapide, j'attendais un peu plus du combat final...
=> voir ce qu'en pense Loba
Pour découvrir Ténébreuse, un site: http://www.cottman4.com
Les premières lignes:
Damon Ridenow chevauchait à travers une contrée libérée.
Le grand plateau des Kilghard avit dépéri toute l'année sou l'influence maléfique des hommes-chats. Les moissons avaient séché sur pied dans les champs, sous une pénombre anormale qui masquait la lumière du soleil; les pauvres du district, craignant de s'aventurer dans la campagne maudite, étaient restés claquemurés chez eux.
Et voici que les hommes se remettaient au travail sous la lumière du grand soleil rouge de Ténébreuse, rentrant leurs récoltes avant les neiges prochaines.
Ma note: 7,5 / 10
18 février 2008
Retour en arrière
Anatomie d'un crime, Elizabeth George
Londres. A l'arrière d'un bus qui traverse la ville, le jeune Joel, sa soeur et son frère roulent vers leur destin.
Dans un quartier chic, Helen Linley rentre chez elle. Elle est belle, heureuse, la vie lui sourit.
Tout est en place pour une rencontre. Inexorablement fatale.
Car même s'il l'ignore, Joel est une arme vivante. Le détonateur, c'est son histoire, le chaos qu'on lui a donné pour tout bagage. L'explosif ? C'est son quartier, écrasé par la misère et la violence qu'elle génère.
Jusqu'au dernier moment, Joel pense qu'il pourra choisir. Mais d'autres ont déjà peut-être choisi pour lui...
Ce roman passionnant va de paire avec le précedent du même auteur, "Sans l'ombre d'un témoin", où nous avions laissé les héros dans une profonde affliction car Helen Linley était victime d'une agression mortelle.
Dans cet opus, nous remontons à la source du "mal". Pas trace de nos enquêteurs préférés, mais une plongée dans le monde hors-la-loi des quartiers mal famés de Londres. Une plongée particulièrement sordide, rien n'est épargné à la famille Campbell, héroïne de cette trouble histoire.
Ness, Joel et Toby sont trois enfants dont personne ne veut s'occuper après la défection de leur mère, enfermée en asile psychiatrique, et la mort de leur père. Leur grand-mère a un temps essayé, mais trois enfants, ce n'est pas compatible avec la vie qu'elle a choisi. Elle les abandonne finalement à leur tante, qui va tenter de concilier sa vie de femme solitaire et les besoins de ces trois orphelins, déjà cruellement amochés par la vie.
Malgré tout, la cité va les happer dans son monde dur et cruel. Ness la première va croire qu'elle peut s'intégrer à sa façon, mais c'est elle qui va déclencher le compte à rebours. Le reste de la famille va essayer de survivre, mais jusqu'à quand?
On ne peut s'empêcher de ressentir l'imminence d'une catastrophe tout le long du livre. L'atmosphère est pesante, difficile, dans ce monde subtilement décrit où la manipulation joue son rôle.
L'auteur nous fait découvrir la face cachée de Londres, sa misère, sa violence, sa perversité à travers le portrait poignant et excessivement juste de cette famille décomposée. Jusqu'à l'évènement final où tout nous conduit lentement, sournoisement.
Les premières lignes:
C'est un trajet en bus qui marqua l'entrée dans le crime de Joel Campbell, onze ans à l'époque. Un bus londonien plutôt récent. Un bus sans impériale. Le 70, qui progresse lentement le long de Du Cane Road dans East Acton.
Cette portion de la ligne n'a rien de particulièrement remarquable dans sa partie nord. Le tronçon sud, en revanche, qui longe le Victoria & Albert Museum et les imposants édifices blancs de Queen's Gate dans South Kensington, est assez agréable. La partie nord, elle, dessert des endroits qui constituent un répertoire des quartiers à ne pas fréquenter: la laverie Swift Wash de North Pole Road, les pompes funèbres H.J.Bent (crémations ou enterrements) d'Old Oak Common Lane, les sordides agglutinements de magasins à l'intersection grouillante de Western Avenue et de Western Way, où voitures et camions se croisent pour rejoindre le centre-ville.
Ma note: 9 / 10
17 février 2008
Les amants du Spoutnik, Haruki Murakami
K. est amoureux de Sumire, mais celle-ci n'a que deux passions: la littérature et Miu, une mystérieuse femme mariée. Au sein de ce triangle amoureux, chaque amant est un satellite autonome et triste, et gravite sur l'orbite de la solitude. Jusqu'au jour où Sumire disparaît... Les Amants du Spoutnik bascule alors dans une atmosphère proprement fantastique où l'extrême concision de Murakami cisèle, de façon toujours plus profonde, le mystère insondable de l'amour.
Dans un style simple et fluide, nous retrouvons les thèmes chers à l'auteur, les histoires d'amour compliquées et l'existence d'un autre monde, parallèle, onirique.
K. aime Sumire qui le considère comme son meilleur ami et celle-ci tombe amoureuse de Miu, femme mariée de dix-sept ans son aînée, qui ne peut lui rendre son amour. S'ensuit alors des bouleversements, surtout dans la vie de Sumire, qui perd sa créativité et son envie d'écrire.
Sa disparition soudaine va rapprocher K. et Miu qui vont tenter de retrouver des indices sur Sumire à travers les dernières semaines passées avec Miu et ses derniers écrits.
La fin, très ouverte, nous permet de tout imaginer, notamment l'existence de ce monde irréel à peine entraperçu par K. et Miu.
Ce livre se lit d'une traite car l'auteur sait nous emmener avec son style, son humour et ses réflexions sur la vie. J'ai passé un agréable moment mais je suis ressortie finalement un peu déçue. Je ne sais pas à quoi je m'attendais, mais la fin m'a laissé sur ma faim. Autant l'existence d'un monde proche mais différent - tel que Murakami le conçoit - ne m'avait pas gêné dans "Kafka sur le rivage", autant je ne l'ai pas trop apprécié ici. Cet élément est secondaire, heureusement, et pour moi, ce roman reste un très bon roman, poétique et dépaysant.
Les premières lignes:
Au printemps de sa vingt-deuxième année, Sumire tomba amoureuse pour la première fois de sa vie. Cet amour aussi dévastateur qu'une tornade dans une vaste plaine ravagea tout sur son passage, lançant des choses dans les airs, les réduisant en menus morceaux, les écrabouillant sans ménagement. Avec une violence qui ne connaissait pas un instant de relâchement, la tornade souffla sur les océans, réduisit sans pitié le site d'Angkor Vat à néant, incendia la jungle indienne et les malheureux tigres qui y vivaient encore, se mua au-dessus des déserts de Perse en une tempête de sable qui engloutit toute une ville fortifiée au charme exotique.
Ma note: 7 / 10
14 février 2008
Sous-marin
Enfermés depuis dix ans à l'intérieur d'un sous-marin, ils patrouillent dans les eaux empoisonnées d'une planète hostile. Ils ne savent même plus ce qu'ils font là, au coeur de ces abîmes peuplés de monstres, et où règne la peur constante des métamorphoses génétiques. L'océan tout entier travaille à leur perte. Ils sont seuls, perdus sur un monde liquide, sans la moindre parcelle de terre à l'horizon, sans même l'espoir d'une mutinerie qui les libérerait du fou qui les commande.
Mais la planète a-t-elle vraiment livré tous ses secrets?
Encore un petit livre sympa, qui se lit très vite. Du Brussolo, quoi. Cet auteur m'épate vraiment car même si ces bouquins de SF sont pratiquement tous du même moule (d'ailleurs les héros et les lieux ont souvent les mêmes noms d'un livre à l'autre), on est pris au jeu. Le héros/héroïne vit difficilement, il va découvrir quelque chose/quelqu'un qui va être le déclencheur de la vérité/d'une autre vie, quel va être son choix entre les deux possibilités? C'est en très gros, toujours la même trame. D'ailleurs, ces thèmes sont tous plus loufoques les uns que les autres, mais ça marche. Ici, une communauté vit depuis des années dans un sous-marin dans une eau dont le simple contact vous métamorphose en une créature bizarre... A première vue, on a du mal à imaginer quelque chose avec ça, mais l'auteur nous sort un petit roman sympathique sur les guerres de civilisations, l'enfermement et la solitude. Bref, rien d'absolument inoubliable, mais à lire pour se détendre.
Les premières lignes:
David avançait dans la coursive depuis trois jours déjà, et l'écho de ses pas s'envolait devant lui, s'enfonçant dans les ténèbres jusqu'à devenir inaudible. Le jeune homme fit décrire un demi-cercle au halo de sa torche pour tenter de lire les signes inscrits sur les parois par les précédents patrouilleurs. Il distingua des flèches, des injonctions: "Pas par là!", ou encore "Danger!". Ces mots, tracés à la craie, faisaient penser aux commandements placés sur les cases de ces jeux de société sur lesquels on se déplace au moyen de pions et de dés: "Allez en prison", "Payez trois mille francs d'amende"... Leur présence vous donnait l'impression de participer à un grand jeu de piste... ou d'être - par l'entremise d'un inexplicable sortilège - devenu un simple pion perdu sur l'itinéraire d'un wargame de carton.
Ma note: 7,5 / 10
Triste Noël
Mauvaise publicité pour l'hôtel de luxe envahi par les touristes! Le pantalon sur les chevilles, le Père Noël est retrouvé assassiné dans un sordide cagibi juste avant le traditionnel goûter d'enfants. La direction impose la discrétion, mais le commissaire Erlendur Sveinsson ne l'entend pas de cette oreille. Déprimé, assailli par des souvenirs d'enfance douloureux, il s'installe dans l'hôtel et en fouille obstinément les moindres recoins...
Jamais déçue pour le moment avec Arnaldur Indridason. La même atmosphère légèrement déprimante entoure toujours les enquêtes du commissaire Erlendur qui nous fait souvent découvrir les bas-fonds. En parallèle, il essaye de résoudre ses problèmes personnels notamment son enfance marquée par le deuil de son jeune frère, épreuve qui l'a transformé. Il en prend lentement conscience grâce à sa propre fille, marquée elle aussi par la vie.
Dans cet opus, il y a l'enquête principale concernant le meurtre d'un homme, le portier d'un hôtel. Tout le monde le cotoyait, mais personne ne s'y intéressait. Une enfance pleine de promesses, finalement payée au prix fort, une découverte honteuse, une vie misérable loin des siens et des autres: voici le bilan de sa vie. La galerie de personnages présents à l'hôtel au moment du meurtre défile pour l'enquête du commissaire, mais quel pourrait être le mobile pour assassiner quelqu'un de si insignifiant au premier abord?
Dans le même temps, Elinborg assiste au procès d'un homme qu'elle a arrêté pour maltraitance sur son propre fils. Et il est difficile pour elle de garder son calme devant le calvaire du petit garçon.
Tout s'entremêle de façon à garder un suspens présent jusqu'aux dernières lignes. L'identification aux personnages est immédiate tant ils paraissent comme tout le monde, avec leur lot de soucis et tracas quotidiens.
Bref, un bon polar grâce auquel l'Islande nous devient un peu plus familière, même ses noms et prénoms si pittoresques à nos yeux.
Les premières lignes:
Elinborg les attendait à l'hôtel.
Un imposant arbre de Noël trônait dans le hall et partout, il y avait des décorations, des sapins et des boules scintillantes. D'invisibles haut-parleurs entonnaient le Douce nuit, sainte nuit. De grands autobus étaient garés devant l'hôtel et leurs passagers s'attroupaient à la réception. C'étaient des touristes étrangers venus passer les fêtes de Noël et du nouvel an en Islande, parce que dans leur esprit, l'Islande était ce fascinant pays où l'aventure est au coin de la rue. Ils venaient à peine d'atterrir qu'un grand nombre d'entre eux semblaient déjà avoir fait l'acquisition de pull-overs islandais.
Ma note: 8 / 10
11 février 2008
Tag
Moi aussi, je me suis faite attrapée à vagabonder sur le oueb; voilà que maintenant je suis taguée par Loba
Les règles :
- Ecrire le lien de la personne qui nous a tagué
- Préciser le règlement sur son blog
- Mentionner 6 choses sans importance sur soi
- Taguer 6 autres personnes en mettant leur lien
- Prévenir ces 6 personnes sur leur blog respectif
1/ J'aime trop le nutella
2/ J'ai horreur des araignées
3/ Je fais collection de cartes postales et des petites théières
4/ Je préfère acheter les livres que les emprunter à la bibli
5/J'ai un challenge perso: essayer de ne participer à aucun challenge dans les 6 mois à venir...
6/Je ne sais pas si je trouverai 6 personnes à tagguer qui ne le sont pas déjà...
Voilà voilà pour mes révélations...
A mon tour d'être curieuse: je taggue Freude, Goelen, Flo et tout ceux qui le souhaitent...;-)
08 février 2008
Immortalité
La Fille de l'alchimiste, Kai Meyer
Fin du XIXè siècle.
Aura Institoris a grandi dans le labyrinthe de couloirs obscurs du château de ses ancêtres, bâti sur un récif de la Baltique. Lorsque son père, l'alchimiste Nestor Nepomuk Institoris, est assassiné sur l'ordre de son plus vieux rival, la jeune fille se trouve entraînée malgré elle au coeur d'un conflit dont les racines remontent au Moyen Age. Aux côtés de son frère adoptif, elle décide d'affronter le meurtrier de son père. S'initiant à son tour aux terribles secrets de l'alchimie, elle va braver les intrigues et les dangers, et partir sur la piste du plus grand mystère de l'humanité: l'immortalité...
Ce roman est intéressant. Nous plongeons dans l'univers des alchimistes, lié à celui des Templiers. Et nous ne sommes pas noyés sous les explications ésothériques et autres symboles. Même si l'alchimie est le noeud de l'intrigue - avec la quête éperdue du père d'Aura et de son ennemi juré, Lysander - je dirai qu'elle est presque secondaire. L'histoire s'attache surtout à Aura, qui tente de retrouver l'assassin de son père et ravisseur de sa jeune soeur et à Christopher, son frère adoptif, un temps disciple de Nestor.
Nous suivons les héros sur deux périodes dans l'intervalle de sept années et plus largement, l'histoire se déroule aussi depuis le XIIIé siècle puisqu'étroitement liée aux Chevaliers du Temple.
La famille, la lignée, la pureté, ces notions paraissent extrêmement importantes pour les vieux alchimistes, mais dans quel but? Aura et Christopher seront-ils dignes de l'héritage de Nestor?
Mais je dirai que malgré tout cela, je n'ai pas été transportée comme je l'attendais. J'ai trouvé que c'était un bon roman, mais encore un de plus sur les Templiers. Même si la clé de l'immortalité est originale bien qu'assez sordide, je trouve qu'il y a quelques facilités dans les rebondissements et certains personnages auraient pu être plus fouillés, selon moi.
Un point positif: j'ai pu lire un auteur allemand reconnu, ce roman étant un best-seller dans son pays (4è de couverture).
=> L'avis positif de Loba
Les premières lignes:
Le chateau!
La diligence se frayait un chemin à travers les dunes en chancelant et en patinant dans le sable fin. Le garçon jeta un oeil par la fenêtre pour contempler la bâtisse qui se détachait sur la Baltique.
Tout était très différent de ce qu'il avait imaginé. Bien sûr.
Il n'y avait ni tour ni créneaux. Ce n'était pas un château de style. Le domaine était situé sur un îlot rocheux. Les murailles se fondaient dans la roche claire; on aurait dit qu'elles s'étaient formées dans la pierre au fil des siècles. La mer était sombre et immobile sous le ciel d'automne, maisdes vagues venaient se fracasser contre les rochers.
Ma note: 5,5 / 10
01 février 2008
Le don
Auprès de moi toujours, Kazuo Ishiguro
Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham dans les années quatre-vingt-dix; une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l'idée qu'ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelles raisons les avait-on réunis là? Bien des années plus tard, Kath s'autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Avec Ruth et Tommy, elle prend peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n'a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d'adultes.
C'est un roman qui se lit assez vite grâce à son style simple et sa forme -une sorte de confession, de bilan d'une vie, écrit à la première personne, avec de multiples retours en arrière. D'emblée, l'existence idyllique à Hailsham fait pressentir autre chose de nettement plus... sombre.
Et cette réalité parallèle, qu'on sent si proche et si loin de nous à la fois, paraît si naturelle, si réelle, qu'elle en fait frissonner. J'ai été d'autant plus surprise que je ne m'attendais pas à un roman "d'anticipation", même si le genre paraît relégué au second plan.
Je n'ai pas été "transportée" par ce roman, mais il m'a vraiment plu car il fait réfléchir à l'amitié, l'amour au sens large et surtout au sacrifice de soi. C'est une vraie réflexion sur ce qu'est l'humanité, sur ce qu'elle pourrait devenir, sur les chemins qu'elle pourrait choisir. Sommes nous si différents de la sociéte imaginée ici ? J'espère bien pour longtemps encore.
Les premières lignes:
Je m'appelle Kathy H. J'ai trente et un ans, et je suis accompagnante depuis maintenant plus de onze ans. Je sais que cela paraît assez long, pourtant ils me demandent de continuer huit mois encore, jusqu'à la fin de l'année. Cela fera alors presque douze ans. Si j'ai exercé aussi longtemps, ce n'est pas forcément parce qu'ils trouvent mon travail formidable. Je connais des accompagnants très compétents qui ont été priés d'arrêter au bout de deux ou trois ans à peine. Et je connais le cas d'un accompagnant au moins qui a poursuivi son activité pendant quatorze ans alors qu'il ne valait rien. Je ne cherche donc pas à me vanter. Pourtant, je sais de source sûre qu'ils ont été satisfaits de mon travail, et dans l'ensemble, je le suis aussi.
Ma note: 7,5 / 10



