07 mai 2008
Pélagie et le Moine Noir, Boris Akounine
A la fin du XIXè siècle, sur l'île de Canaan, au nord de l'immense Russie, le Nouvel Ararat, célèbre lieu de pèlerinage, est le théâtre d'apparitions aussi inquiétantes qu'inexpliquées. Huit siècles après sa mort, le fantôme du fondateur, saint Basile en personne, terrorise religieux et pèlerins. Les moines demandent l'aide de l'évêque Mitrophane, mais les émissaires qu'il dépêche sur place sont successivement victimes de celui que la rumeur a déjà surnommé le Moine Noir. Crise de démence, terreur collective et morts brutales, seule la malicieuse soeur Pélagie, fidèle assistante de l'évêque, semble en mesure de calmer les esprits.
J'aime beaucoup Boris Akounine, que j'ai découvert avec les enquêtes d'Eraste Fandorine. A la même époque, la Russie du XIXè, il nous fait découvrir une nouvelle héroïne, Pélagie, fille spirituelle de l'évêque Mithrophane. Intelligente, curieuse, elle ne se laisse pas faire dans ce monde d'hommes.
Désireuse d'aller élucider le mystère du Moine Noir, elle doit pourtant attendre son tour qui viendra après l'échec des envoyés de l'évêque, échec qui causera à celui-ci une attaque cardiaque. Pélagie va profiter de l'incapacité de son mentor pour se rendre rapidement et sous l'identité d'une veuve pélerine, au Nouvel Ararat. Elle va découvrir un monastère dirigé d'une main de fer par l'archimandrite Vitali, qui, grâce à sa politique ferme, a permis l'essor économique de ce petit bout de paradis terrestre. Il a aussi permis à un riche médecin d'implanter sa clinique psychiatrique d'un nouveau genre, où les malades pittoresques vivent en liberté, comme tout un chacun.
Le Moine Noir continue ses apparitions et ses imprécations souvent inintelligibles condamnent l'ermitage de saint-Basile. Cet ermitage est un lieu tellement secret et retiré que personne n'y va, sauf les nouveaux ermites qui se succèdent assez rapidement, le lieu étant réputé être près de Dieu qui "rappelle" ainsi à lui plus facilement ces saints hommes.
Pélagie, tour à tour déguisée en veuve moscovite et moinillon novice, va mener son enquête...
Comme dans les enquêtes d'Eraste Fandorine, on retrouve tout l'humour et l'ironie de l'auteur qui nous fait ici découvrir le fonctionnement d'un monastère doublé d'un lieu de pèlerinage. L'enquête a tout de même tendance à s'enliser, je ne l'ai pas trouvée si palpitante que celles de Fandorine, souvent menées de façon plus originale, mais le dénouement est suprenant. Les personnages sont sympathiques, très humains surtout.
Je n'avais pas vu que ce livre était le deuxième de la nouvelle série de Boris Akounine. Le premier s'intitule "Pélagie et le bouledogue blanc" que je n'ai pas encore lu. Mais ça n'a pas gêné la lecture.
Les premières lignes:
...quelques larges enjambées, il est auprès de la nonne. Il regarde à son tour par la fenêtre, voit les chevaux écumants, le moine dépoitraillé, et ses sourcils buissonnants se rejoignent, ses traits se durcissent...
- Il m'a crié: "Malheur à nous, petite mère, il est là! Où est Monseigneur? " dit à mi-voix Pélagie, résumant la situation à l'évêque.
Au mot "malheur", Mitrophane eut un hochement de tête entendu, comme s'il n'attendait rien d'autre de cette longue journée qui semblait résolue à ne pas s'achever. Du doigt, il fit signe au messager à la robe lacérée et couverte de poussière (à ses façons, à ses clameurs, il était déjà clair que l'homme arrivé à bride abattue on ne sait d'où était bien un messager, et de mauvais augure) : eh bien, monte donc.
Ma note: 7/ 10

