Bouq1 et Cie

*** Au fil des lectures...***

16 septembre 2009

Voyages

4176YBH1XFL__SL160_AA115_Ciel bleu, Une enfance dans le Haut Altaï, Galsan Tshinag

  Galsan Tschinag raconte son enfance dans la steppe aux confins du désert de Gobi, dans les terres du Haut-Altaï. Vivant sous la yourte au sein d'une famille d'éleveurs de moutons, l'enfant découvre le monde à travers sa relation avec Arsylang, son chien, dont les aventures ouvrent et ferment le livre. L'exotisme est ici total et actuel.
  Le groupe familial se déplace en fonction des pâturages et des saisons, on monte les yourtes et on rencontre les gens.
  Les enfants ont une place bien définie que vient troubler l'obligation de scolarisation imposée par le gouvernement communiste. Mais il y a toujours les vacances pour retrouver la grand-mère choisie et adoptée par l'enfant., pour jouer dans la montagne avec son chien et parcourir à cheval ces étendues sans fin où le galop sert aussi à mesurer l'espace et le temps.
  Voici un texte court et simple au charme subtil qui nous introduit dans des relations avec la nature, la famille et les dieux.

On est effectivement dépaysé par cette plongée dans un monde tellement différent. Le petit garçon touva est un berger, fils et petit-fils de berger et pendant que son frère et sa soeur aînés sont à l'école, il s'occupe du troupeau de sa grand-mère d'adoption qui sera le sien plus tard. C'est sa vision de la vie que l'on découvre, une vie quotidienne nomade, simple mais difficile - le climat est extrême - , et d'un autre temps. On devine l'irruption timide du monde moderne avec l'arrivée de l'instituteur qui vient battre le rappel des enfants à scolariser et les nouvelles idées d'égalité entre "castes" commencent à faire leur chemin. Le petit berger pourrait-il devenir autre chose qu'un berger ? Toucher un salaire, des billets, ces bouts de papier colorés, voir autre chose que les immenses plaines arides, habiter autre chose qu'une yourte ?
Associé à son meilleur ami, son chien Arsylang, l'enfant des plaines nous transporte avec toute la fraîcheur et l'innocence de son jeune âge dans un voyage vers les steppes lointaines.

Les premières lignes:
 
Il est possible que cette histoire ait commencé dans un rêve. Etait-ce un préparation à ce qui allait suivre, une mise en garde peut-être ? Car le rêve était pénible - cauchemar.
  On disait qu'il ne fallait parler de ses mauvais rêves à personne, mais les dire plutôt pour soi à haute voix, puis cracher trois fois. On disait la même chose pour les rêves agréables. Il ne fallait les confier à personne, les garder pour soi. Ceux qu'on entendait raconter n'étaient-ils donc ni bons ni mauvais ?
  La journée dans la yourte commençait en général par le récit des rêves de la nuit, et à en juger d'après le comportement de l'assistance, c'était une source fréquente de joie et de souci. Bizarre !

Ma note: 8 / 10

Posté par Aileean à 18:40 - Divers (13) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Nippon

519gLuF2XLL__SL160_AA115_Le sumo qui ne pouvait pas grossir, Eric-Emmanuel Schmitt

  Sauvage, révolté, Jun promène ses quinze ans dans les rues de Tokyo, loin d'une famille dont il refuse de parler.
  Sa rencontre avec un maître du sumo, qui décèle un "gros" en lui malgré son physique efflanqué, l'entraîne dans la pratique du plus mystérieux des arts martiaux. Avec lui, Jun découvre le monde insoupçonné de la force, de l'intelligence et de l'acceptation de soi.
  Mais comment atteindre le zen lorsqu'on n'est que douleur et violence ? Comment devenir sumo quand on ne peut pas grossir ?
  Derrière les nuages, il y a toujours un ciel...

[...] L'auteur poursuit "Le cycle de l'Invisible" avec ce nouveau récit qui mêle enfance et spiritualité, nous conduisant ici à la source du bouddhisme zen.

C'est la première fois que je lis cet auteur. Bon, je n'ai pas été transportée ni très touchée par la spiritualité annoncée par le 4è de couverture. Je n'ai pas non plus découvert les sources du bouddhisme zen, mais peut-être suis-je de mauvaise foi ou avais-je la tête ailleurs.
C'est une nouvelle sympathique à lire, dont le point de départ est effectivement intéressant et original. Après, et bien, on a un condensé rapide de pensées et de maximes à tendance bouddhistes, mais bon. On découvre aussi l'univers des combats de sumo, un sport totalement méconnu par chez nous.
J'aurais aimé que le sujet soit plus approfondi, j'ai trouvé cela trop court en fait. Un peu déçue malgré les bonnes critiques que j'avais eues. 

Les premières lignes:
 
Alors que j'étais maigre, long, plat, Shomintsu s'exlamait en passant devant moi :
  - Je vois un gros en toi.
  Exaspérant ! De face, j'avais l'air d'une peau de hareng séchée sur du bois d'allumette; de profil... on ne pouvait pas me voir de profil, je n'avais été conçu qu'en deux dimensions, pas en trois; tel un dessin, je manquais de relief.
  - Je vois un gros en toi.
  Les premiers jours, je n'avais pas répliqué parce que je me méfie de moi : il m'arrive souvent de penser que les gens m'agressent en paroles, en grimaces, en gestes, puis de découvrir mon erreur, j'ai interprété, déformé, voire rêvé.

Ma note: 6,5 / 10

=> Vhs a bien aimé: ici

Posté par Aileean à 18:25 - Romans (64) - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 septembre 2009

La fin

41oc4Dc4aoL__SL160_AA115_Rafael, derniers jours, Gregory Mcdonald

  Il est illettré, alcoolique, père de trois enfants, sans travail ni avenir. Il survit près d'une décharge publique, quelque part dans le sud-ouest des Etats-Unis. Mais l'Amérique ne l'a pas tout à fait oublié. Un inconnu, producteur de snuff films, lui propose un marché : sa vie contre trente mille dollars. Il s'appelle Rafael, et il n'a plus que trois jours à vivre... Avec ce roman, Gregory Mcdonald n'a pas seulement sondé le coeur de la misère humaine, il lui a aussi donné un visage et une dignité.

Que dire de ce roman, sombre et terrible ? Peut-être seulement que le marché sordide qui est proposé à Rafael est le prétexte pour écrire sur ce jeune homme et sa famille, pour qu'on soit les derniers témoins de sa vie marginale et d'une terrible pauvreté. Tout ça se passe à notre porte, dans un pays qu'on appelle pays riche et développé. Ces gens vivent dans des bidonvilles, sans eau courante ni électricité, et écument la décharge voisine pour trouver de quoi vivre. Ils n'ont que l'alcool pour tenir, "pour oublier la faim et la douleur, les tromper, les fuir, devenir le plus insensible possible, les ignorer pour survivre".
Illettré, le jeune homme va devenir le jouet d'un trafiquant qui profite de sa naïveté pour lui prendre une chose qu'il estime peu, sa propre vie.
Mais ces derniers jours qui lui restent, Rafael fait le point sur sa vie. Il ouvre les yeux, il ne fuit plus et ce qu'il découvre et ce qu'il savait déjà, c'est qu'il aime sa femme et ses enfants, ses proches d'un amour profond. Et cet amour, il veut en profiter jusqu'au bout avant l'inéluctable.
C'est un vrai roman noir : on sait dès le début quelle sera la fin de Rafael et en plus, on assiste à sa déchéance, car malgré le fait qu'il croit avoir réussi au moins une chose dans sa vie (sa mort), on sait qu'il s'est fait avoir dans les grandes largeurs, et ça, ça met vraiment mal à l'aise.

Les premières lignes:
  - Je viens pour le boulot.
  Les pieds sur son bureau, un jeune type corpulent fixa Rafael de ses yeux bleus avant d'examiner son corps mince.
  - Pourquoi ?
  Rafael haussa les épaules et détourna le regard.
  Le jeune homme posa les pieds à terre et laissa tomber le magazine qu'il lisait. Son visage, gris et mou, afficha un sourire idiot. Sans attendre de réponse à sa question, il demanda :
  - Et c'est quoi, ce boulot ?
  Dans la lumière de la fenêtre crasseuse, Rafael inspecta la petite pièce, la table et la chaise au bois éraflé, le meuble de bureau cabossé et rayé, le plancher usé.

Ma note : 8,5 / 10

=> "The Brave" est l'adaptation cinématographique de ce livre par Johnny Depp (2006).

413qyJSvXpL__SL500_AA240_ 

Posté par Aileean à 15:12 - Polars - Policiers (39) - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 septembre 2009

Légende

DSCF7761_bis  Nannig, Virginie Lauby

  Philippe Collignon est un jeune homme malchanceux. Toutes ses histoires d'amour, lui qui a tant besoin d'être aimé, se soldent par un échec. Une nouvelle fois, il se jette à coeur perdu dans les bras d'une ravissante étudiante. Pour la dernière fois ?
  Sa volonté d'aimer au-delà des trahisons le mènera inexorablement à commettre le pire. Mais, cette fois-ci, est-il le seul responsable ? La belle et dangereuse Anne ne l'a-t-elle pas poussé sur le chemin de son destin ? A moins que ce ne soit la cruelle Nannig ?

La Bretagne, personnage principal du livre, à travers ses paysages maritimes et touristiques, son climat mouillé, ses rêveries... Philippe est sous le charme et Juliette, jeune étudiante rennaise achève la conquête. Il se lance à corps perdu dans cette aventure, comme un défi pour se prouver qu'enfin, il peut réussir à être aimé. Mais Juliette partage-t-elle cette vision de leur relation ? Rien n'est moins sûr, mais le jeune homme pense pouvoir la conquérir...Et puis il y a Anne, charmante, mais qui se fait un malin plaisir à l'asticoter.
Philippe, anti-héros par excellence, à qui tout ne réussit pas malheureusement, se laisse entraîner, happé par le courant, dans une relation étrange et ambigüe. Il commence à perdre le contrôle de sa vie, comme envoûté. Jusqu'où peut-il aller ?
J'ai bien aimé ce petit livre que j'ai lu d'une traite. Il y a plusieurs lectures derrière ce roman : soit on le considère comme une histoire d'amour banale, Philippe s'amourachant d'une jeune fille finalement inacessible; soit on ressent comme l'irruption de l'imaginaire, du fantastique avec quelques coïncidences troublantes qui nous plongent dans les légendes bretonnes. J'avoue que j'ai cédé à la deuxième interprétation et que je reste sur celle-ci, même si la fin, un peu rapide et cruelle à mon goût, ne donne aucune certitude...

Les premières lignes:
 
En descendant la rue principale, on arrive sur la digue par son côté gauche. Là, les terrasses des cafés s'étalent. Quelques haises s'égarent près de la barrière blanche marquant le début de la plage. Plus loin, c'est le casino, et la piscine désertée en saison. La falaise sombre s'enfonce dans la mer... Au pied de la paroi rocheuse, des manèges enfantins, des trampolines, des lumières, des musiques, des rires, des voix...
  La digue est pleine de monde comme tous les soirs où la journée a été chaude. Derrière le chuchotement des vagues montantes, les pas traînants des promeneurs raclent le début de la nuit.

Ma note : 8 / 10

Posté par Aileean à 17:32 - Romans (64) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1