16 septembre 2009
Voyages
Ciel bleu, Une enfance dans le Haut Altaï, Galsan Tshinag
Galsan Tschinag raconte son enfance dans la steppe aux confins du désert de Gobi, dans les terres du Haut-Altaï. Vivant sous la yourte au sein d'une famille d'éleveurs de moutons, l'enfant découvre le monde à travers sa relation avec Arsylang, son chien, dont les aventures ouvrent et ferment le livre. L'exotisme est ici total et actuel.
Le groupe familial se déplace en fonction des pâturages et des saisons, on monte les yourtes et on rencontre les gens.
Les enfants ont une place bien définie que vient troubler l'obligation de scolarisation imposée par le gouvernement communiste. Mais il y a toujours les vacances pour retrouver la grand-mère choisie et adoptée par l'enfant., pour jouer dans la montagne avec son chien et parcourir à cheval ces étendues sans fin où le galop sert aussi à mesurer l'espace et le temps.
Voici un texte court et simple au charme subtil qui nous introduit dans des relations avec la nature, la famille et les dieux.
On est effectivement dépaysé par cette plongée dans un monde tellement différent. Le petit garçon touva est un berger, fils et petit-fils de berger et pendant que son frère et sa soeur aînés sont à l'école, il s'occupe du troupeau de sa grand-mère d'adoption qui sera le sien plus tard. C'est sa vision de la vie que l'on découvre, une vie quotidienne nomade, simple mais difficile - le climat est extrême - , et d'un autre temps. On devine l'irruption timide du monde moderne avec l'arrivée de l'instituteur qui vient battre le rappel des enfants à scolariser et les nouvelles idées d'égalité entre "castes" commencent à faire leur chemin. Le petit berger pourrait-il devenir autre chose qu'un berger ? Toucher un salaire, des billets, ces bouts de papier colorés, voir autre chose que les immenses plaines arides, habiter autre chose qu'une yourte ?
Associé à son meilleur ami, son chien Arsylang, l'enfant des plaines nous transporte avec toute la fraîcheur et l'innocence de son jeune âge dans un voyage vers les steppes lointaines.
Les premières lignes:
Il est possible que cette histoire ait commencé dans un rêve. Etait-ce un préparation à ce qui allait suivre, une mise en garde peut-être ? Car le rêve était pénible - cauchemar.
On disait qu'il ne fallait parler de ses mauvais rêves à personne, mais les dire plutôt pour soi à haute voix, puis cracher trois fois. On disait la même chose pour les rêves agréables. Il ne fallait les confier à personne, les garder pour soi. Ceux qu'on entendait raconter n'étaient-ils donc ni bons ni mauvais ?
La journée dans la yourte commençait en général par le récit des rêves de la nuit, et à en juger d'après le comportement de l'assistance, c'était une source fréquente de joie et de souci. Bizarre !
Ma note: 8 / 10
02 août 2009
Petite anthologie de la littérature érotique, Gilles Guilleron
Envie d'offrir ou de s'offrir une jolie promenade dans les plus beaux textes de la littérature érotique ? De Jean Bodel à Gilles Leroy, en passant par Louise Labé, le marquis de Sade, Pierre Louÿs ou Georges Bataille, venez déguster les chefs-d'oeuvre du genre, connus ou à découvrir, antiques ou plus récents.
Gilles Guilleron a volontairement choisi d'écarter les textes où les fantasmes seraient animés par une perversion aboutissant à une vision dégradée de l'individu et de retenir des extraits proposant tour à tour un érotisme ludique, épanoui et distancié, qu'il soit suggéré, cru ou sensuel.
C'est un tout petit livre qui nous permet d'avoir un panorama appréciable de la littérature érotique à travers les différentes époques. Il a fallu faire un choix dans les auteurs (beaucoup sont des hommes, d'ailleurs...) mais comme l'auteur le revendique, c'est assez ludique, joyeux et humouristique. Les oeuvres font vraiment de l'érotisme une part essentielle de l'amour, qu'il soit "courtois" au Moyen-Age (où le mot érotisme en tant que tel n'existait pas, ce qui n'empêchait pas la littérature de l'époque d'être débridée malgré le carcan de l'Eglise) ou plus engagé, à notre époque par exemple.
On peut redécouvrir les incontournables mais s'apercevoir aussi que des auteurs réputés "sérieux" ont pu laisser aller leur imagination dans de florissants écrits (Théophile Gautier, Flaubert,...) et voir que certaines oeuvres recèlent aussi quelques pépites (Zola, Rimbaud...). De même, certains autres auteurs connus ou non gagneraient à l'être plus...
Malgré tout, le point faible d'une anthologie est qu'on aborde très vite les auteurs sans approfondir, surtout dans ce tout petit recueil, que j'ai trouvé un peu brouillon par moment. On passe trop vite d'un auteur à un autre sans presque s'en apercevoir. Et je persiste en remarquant que seulement cinq femmes retenues sur une cinquantaine d'auteurs, c'est peu... alors que l'érotisme est loin d'être un apanage masculin... Dommage.
Merci tout de même à Babelio pour l'envoi de ce livre.
Les premières lignes:
La littérature érotique est une littérature qui vit "sous le manteau": son histoire est jalonnée d'anonymat, de pseudonymes d'auteurs, d'éditions clandestines, de censures, de poursuites judiciaires, de séjours en prison pour les écrivains, les imprimeurs, les éditeurs. Cette littérature, souvent persécutée, considérée comme mineure et avilissante, trouve pourtant chez les plus grands auteurs d'ardents défenseurs et créateurs et, malgré toutes ces contraintes, elle reste prolixe à travers les siècles.
Mystère, miracle ?
Non, car la vigueur de l'érotisme littéraire est d'abord celui de ses lecteurs.
Ma note: 6,5 / 10
10 juin 2009
Courir
Autoportrait de l'auteur en coureur de fond, Haruki Murakami
Le 1er avril 1978, Murakami décide de vendre son club de jazz pour écrire un roman. Assis à sa table, il fume soixante cigarettes par jour et commence à prendre du poids. S'impose alors la nécessité d'une discipline et de la pratique intensive de la course à pied.
Tenacité, capacité de concentration et talent: telles sont les qualités requises d'un romancier. La course à pied lui permet de cultiver sa patience, sa persévérance. Courir devient une métaphore de son travail d'écrivain.
Courir est aussi un moyen de mieux se connaître, de découvrir sa véritable nature. On se met à l'épreuve de la douleur, on surmonte la souffrance. Corps et esprits sont intimement liés.
Murakami court. Dix kilomètres par jour, six jours par semaine, un marathon par an. Il court en écoutant du rock, pour faire le vide, sans penser à la ligne d'arrivée. Comme la vie, la course ne tire pas son sens de la fin inéluctable qui lui est fixée...
L'auteur nous livre ses réflexions sur son sport de prédilection et il en fait un livre attachant et unique. C'est une autre façon de toucher du doigt le quotidien d'un écrivain, de découvrir qu'il est comme tout le monde, il souffre de la même façon en courant, il se pose les mêmes questions qu'un coureur lambda (même s'il faut reconnaître qu'il est un très bon coureur... 10 km par jour et un marathon par an, il faut le faire...). Le parallèle entre écrire et courir est aussi très intéressant. On a presque l'impression que c'est à notre portée, avec un peu de volonté, bien sûr...
C'est donc un livre qui se lit très facilement, Murakami nous raconte comment il a commencé à courir, son évolution dans ce sport - il a pratiqué aussi le triathlon (course - natation - vélo), sa façon de s'entraîner selon les endroits, etc... On a presque l'impression de courir avec lui et l'envie est grande de chausser ses baskets et de se lancer... et on souffre aussi avec lui lors des épreuves (le marathon extrême: 100 km!!!). Bref, un bon moment littéraire et sportif.
Les premières lignes:
Un aphorisme prétend qu'un vrai gentleman ne dit pas un mot des femmes avec qui il a rompu ou des impôts qu'il doit payer. Faux, archifaux ! Parce que moi, désolé, je ne suis pas comme ça. Il faudrait en tout cas ajouter une condition pour qu'il y ait un peu de vérité dans cette phrase: "Ne racontez à personne ce que vous faites pour rester en bonne santé." J'ai le sentiment qu'un homme de qualité ne devrait pas se répandre en public sur les moyens qu'il utilise pour se maintenir en forme.
Je ne suis pas un gentleman, tout le monde le sait. Par conséquent, pourquoi se soucier de ces questions? Pourtant, j'éprouve quelque scrupule à écrire ce livre.
Ma note : 8,5 /10
28 avril 2009
Voyage
Nulle part, mais en Irlande, Franz Bartelt
"Belles têtes d'Irlandais dans les rues de Killarney. D'un certain âge. Des têtes conformes à la tradition et qui, au-delà du folklore touristique, donneraient à n'importe qui manie vaguement le crayon l'envie d'écrire et de conserver ces personnages dans les mots.
On ne s'attache pas à repérer d'abord les faces qui affichent leur alcoolisme. Ici, c'est un penchant qui ne s'avoue pas, mais se clame et se trompette. Il met tant de sincérité, dans la laideur que là encore, parce qu'on est en Irlande, on se sent en confiance. Des trognes aussi évidentes et qui témoignent d'une impeccable assiduité au pub ne savent plus mentir. La caricature est une innocence brute."
Dans ce récit de voyage fort peu héroïque - camping et vélo -, l'auteur s'attache à montrer des spectacles qui n'ont pas lieu et des êtres sans grandeur dont, en amoureux comblé de la langue, il sait faire une véritable matière littéraire.
Quelques notes et on retrouve avec plaisir le style et le ton de l'auteur. A travers un voyage humide et paysageux, nous découvrons l'Irlande et le quotidien de voyageurs tels Franz Bartelt, courageux et ouverts à toutes ces bizarreries, ces petites choses qui font qu'un autre pays peut apparaître si différent et tellement proche à la fois. Quelques questions se posent, inévitablement, comme : faut-il être réellement motivé pour faire du camping en Irlande ? Est-il courageux de se fier à la nourriture locale ? Les paysages à couper le souffle sont-ils plus beaux à imaginer que dans la réalité pleine de brouillard ?
A travers ces petites anecdotes nous découvrons un pays de gens simples, d'une grande gentillesse malgré des conditions de vie rudes. Ce voyage par procuration est un réel plaisir, nous découvrons ou re-découvrons les joies du camping itinérant au pays de la Guiness.
Les premières lignes:
Si les yeux sont le miroir de l'âme, les sourcils sont des poils qui pensent.
De bonne humeur: il pleut comme doit pleuvoir ce pays dont la réputation s'est bâtie sur la capacité d'une catégorie de touristes à résister, joyeusement, aux effets d'une pluviométrie sous laquelle le plus médiocre des mortels se transforme en héros ruisselant.
L'arrivée à Rosslare fut donc arrosée. Et la route encore mieux, qui de Rosslare conduit à Caher où nous avons passé la nuit dans un camping charmant, au milieu des cultures d'arbres fruitiers. Au calme. A l'humidité.
Ma note: 9 / 10
10 février 2009
A l'eau
L'avenir de l'eau, Petit précis de mondialisation II, Erik Orsenna
" Dans dix ans, dans vingt ans, aurons-nous assez d'eau ? Assez d'eau pour boire ? Assez d'eau pour faire pousser les plantes ? Assez d'eau pour éviter qu'à toutes les raisons de faire la guerre s'ajoute celle du manque d'eau ?
Dans l'espoir de répondre à ces questions, je me suis promené. Longuement. Du Nil au Huang He (Fleuve Jaune). De l'Amazone à la toute petite rivière Neste, affluent de la Garonne. De l'Australie qui meurt de soif aux îles du Brahmapoutre noyées par les inondations...
J'ai rencontré des scientifiques, des paysans, des religieux, des constructeurs de barrages, des physiciens alpinistes qui mesurent sur tous les toits du monde la fonte des glaciers. J'ai passé du temps avec les médecins de Calcutta qui luttent contre le choléra. J'ai écouté d'innombrables leçons, dont celle du scarabée de Namibie et celle du kangourou. Quelles sont leurs techniques pour survivre en plein coeur du désert ?
Peu à peu, j'ai fait plus ample connaissance avec notre planète. J'ai vu s'aggraver partout les inégalités, notamment climatiques. Mais j'ai vu aussi la réussite du pragmatisme, de belles coopérations entre administrations et entreprises privées. J'ai vu des illusions et des férocités à l'oeuvre.
De retour de voyage, voici maintenant venu le moment de raconter.
Un habitant de la planète sur six continue de n'avoir pas accès à l'eau.
Un sur deux vit sans système d'évacuation.
Pourquoi ? "
E.O
Lu dans le cadre de l'opération Masse Critique Babelio![]()
On retrouve avec grand plaisir Erik Orsenna que l'on va suivre dans un tour du monde avec pour thème l'eau ou comment gérer cette ressource essentielle, naturelle, qui reste le lien essentiel avec la vie. Mais dans notre monde moderne, "l'accès à l'eau n'est rien si ne lui est pas joint un réseau d'assainissement". Les pérégrinations de l'auteur vont nous présenter les solutions trouvés dans les pays riches pour maintenir un réseau et continuer d'approvisionner les populations et les pays plus pauvres où tout est à faire. De chaque côté, les initiatives fleurissent, les choix sont nombreux. La solution miracle n'existe malheureusement pas car "apprendre à se répartir l'eau, c'est apprendre à vivre ensemble", et cela reste essentiel pour éviter ce qu'on pourrait qualifier de "guerres de l'eau", menaces à venir si rien n'est fait. En effet, les prévisions laissent envisager des changements climatiques qui, loin d'assécher notre planète, renforceraient les inégalités qui pourraient devenir flagrantes (sécheresse ou graves inondations selon l'endroit).
L'auteur excelle à nous intéresser à un sujet qu'on pourrait penser ardu. En le lisant, on se sent intelligent. Il mêle ses souvenirs, ses expériences personnelles, son questionnement à sa quête scientifique.Tout ça dans de courts chapitres très lisibles. On a vite fait de se sentir aussi curieux que l'auteur qui nous fait ainsi découvrir des personnages hauts en couleur à travers un long voyage passionnant. L'histoire et la géographie de cette façon, c'est toujours un plaisir!
Les premières lignes:
Un beau jour, l'âge venant, vous décidez d'en savoir plus sur la vie. Vous relisez la Bible, vous lisez le Coran. Vous vous aventurez dans les mythologies indiennes. Vous constatez, ébahi, que tous les commencements se ressemblent: il était une fois l'eau. Vous questionnez les scientifiques: ils vous affirment que vous êtes, d'abord, fait d'eau. Alors, vous vous dites qu'il est grand temps d'éclaircir ce mystère. D'autant que des angoisses vous viennent sitôt que vous interrogez l'avenir: aura-t-elle assez d'eau, la planète, la planète malade que je vais laisser à mes enfants ? Assez d'eau pour qu'ils boivent et se lavent ? Assez d'eau pour faire pousser les plantes sensées les nourrir ? Assez d'eau pour éviter qu'à toutes les raisons de faire la guerre s'ajoute celle du manque d'eau ?
Un écrivain a ceci de particulier qu'il répond par un livre aux questions qu'il se pose.
Ma note: 9,5 / 10
Pour aller plus loin: www.erik-orsenna.com/blog
13 avril 2008
Reine
Marie-Antoinette, Antonia Fraser
Tour à tour Reine de la mode, l'Autrichienne, Madame Déficit, Madame Veto, Icône martyre ou Messaline Royale, Marie-Antoinette est une des rares femmes de l'histoire de France à avoir cristallisé autant de passions haineuses, envieuses ou amoureuses.
Avec son objectivité et sa précision d'historienne, Antonia Fraser retrace le voyage initiatique de la reine: son enfance, son idylle avec le comte Axel de Fersen et, enfin, ses efforts héroïques pour sauver sa famille, et la monarchie, de la tempête...
Une biographie très intéressante, facile à lire. On sent vraiment l'empathie de l'auteur avec le personnage et le travail d'historienne. La dimension psychologique du personnage est bien prise en compte. Bien sûr, ce livre n'apporte rien de nouveau mais on ressent tout à fait le poids de la famille d'origine de la Reine, sans doute responsable de bien des malentendus et erreurs (l'impératrice Marie-Thérèse puis son fils Joseph II et le comte de Mercy-Argenteau, l'ambassadeur d'Autriche, faisant preuve d'une véritable ingérence aussi bien dans sa vie intime que dans sa vie publique et moins heureusement dans la vie politique française). On voit bien aussi le sort réservée aux jeunes princesses "nées pour obéir", gages d'alliances conclues entre les grandes puissances de l'époque. Emmenée à quatorze ans dans une cour qui lui est hostile (l'alliance avec l'Autriche est encore trop fraîche dans les esprits), non préparée à son future rang de Reine (étant la quinzième enfant de l'Impératrice, son éducation première laissait à désirer), un mariage désastreux à ses débuts, un entourage peu charitable et enclin à assouvir sa propre soif de pouvoir (le duc d'Orleans entre autres), autant de facteurs qui ne facilitèrent pas son intégration dans un pays qu'elle aimera pourtant, en tant que Reine, femme et mère de Roi. Tout ceci n'excuse pas non plus ses erreurs, mais cherche à nuancer un jugement souvent trop hâtif, car passionné, sur ce personnage devenu un des plus célèbres de l'histoire de France. C'est d'ailleurs toujours intéressant de voir le travail d'historien étranger sur notre histoire, car ils sont sans doute moins sensibilisés par les diverses traditions et écoles de pensées.
L'auteur nous fait comprendre que tout en étant un personnage de son temps, Marie-Antoinette a senti, de façon intuitive, les changements qui devaient avoir lieu dans cette monarchie d'Ancien Régime telle que l'avait léguée Louis XIV. Son style de vie à Trianon, véritable petite vie bourgeoise loin de la pesante étiquette, annonce celui futur des prochaines souveraines, cantonnées à une vie retirée des affaires politiques, ainsi que son rôle de mère qu'elle prenait très au sérieux, proche dans les derniers temps des préceptes de Rousseau, dans l'Emile.
Sacrifiée sur l'autel de la politique (pour sceller l'union des députés dans le sang, selon Hébert), sa fin fut tragique et reste un épisode honteux de la République, ainsi que le sort réservé à son fils Louis XVII et sa fille, Marie-Thérèse, future duchesse d'Angoulême.
"Dieu, si nous avons commis des fautes, nous les avons bien expiées", Marie-Antoinette.
Les premières lignes:
Le 2 novembre 1755, la reine-impératrice, qui attendait son quinzième enfant, passa la journée dans les douleurs de l'accouchement. Comme ce n'était pas une expérience nouvelle pour Marie-Thérèse, qui portait par ailleurs une double couronne - celle de Hongrie par héritage et celle du Saint Empire romain germanique par mariage - et détestait perdre son temps, elle se consacra aussi à un autre genre de travail: l'examen de ses dossiers officiels. En effet, les responsabilités gouvernementales n'étaient pas pour elle choses à mettre facilement de côté: "Mes sujets sont mes premiers enfants", disait-elle. Enfin, vers huit heures et demie du soir, elle accoucha dans ses appartements du palais viennois de la Hofburg. Le nouveau-né était une fille. Selon le grand chambellan, le comte Khevenhüller, qui rendit compte de l'évènement dans son journal: "Sa Majesté est très heureusement accouchée d'une archiduchesse, petite mais enparfaite santé."
Ce livre a inspiré Sofia Coppola, pour son film Marie-Antoinette, avec Kirsten Dunst, sorti sur les écrans en 2006.
12 avril 2008
Un cri
Journal de bord d'un détraqué moteur, Paul Melki
"Je suis Paul Melki.
Mes amis m'appellent Paulo.
En 1986 je suis arrivé ici-bas.
Vous ne pourrez pas deviner dans mon image l'espace de mon esprit.
Il me faut un peu de temps pour créer des couloirs tressés de lianes au-dessus des réseaux de mon cerveau.
Le cri, mon cri est ma carte d'identité devant l'éternité du silence infernal de la solitude.
Le cri, folle distorsion du silence.
Le cri de Paul, vagissement excentrique, appel impudique à la régression sonore.
Le cri puise ses racines au plus profond de ma nudité, de ma mémoire de survivant.
Grenade jetée à la face des citadelles bruyantes où siègent vos orifices vocaux si facilement ouverts."
Paul Melki est plurihandicapé: il ne peut marcher, parler et voit très peu. Il a douze ans lorqu'il découvre la communication facilitée: quelqu'un l'assiste en tenant sa main au-dessus d'un clavier. Et à partir de là, il va nous montrer toute sa passion des mots, du verbe, de la vie. Dans un style foisonnant, il nous crie son envie de vivre, son adolescence différente et tellement semblable aux autres, son amour pour ses parents, ses proches.
Ses textes nous apostrophent, nous interpellent véritablement. Ils sont comme une ode, un long poème qui nous fait réfléchir sur le sens de la vie et sur notre vision du handicap. Son style évolue au fil des mois, toujours en jouant avec brio et justesse sur les mots. Son véritable talent éclate dans ses poèmes. Je ne suis pourtant pas férue de poésie, mais les siens m'ont vraiment touchés. Ce livre m'a donné envie de lire aussi son recueil de poèmes, Le cheval de mer, paru en 2003.
Les premières lignes:
Je choisis d'écrire cette correspondance épistolaire, altière, pour valoriser les changements de vie des handicapés, changements visibles après reconnaissance par les autres, les handicapés de la relation. Juste un sourire, une attention et nous voilà grandis. Pas de tralala notre vie est au milieu de tous, notre vie est publique! Pour parler de Paul il faut manger avec lui, il faut lire le livre de Paul, il faut rire avec lui. Pour parler de Paul vous devez oublier vos certitudes et venir voir le monstre, l'homme. Le yéti pense! Le microbe qui a provoqué mon handicap est le même qui peut poser cette question, il se nomme l'ignorance.
Oui, je veux dire ma joie d'écrire puisque je ne parle pas. C'est une chose incroyable pour les bien-pensants mais j'écris et je chante comme tout le monde. Je chante des odes et des poèmes pour dépasser mon être, pour exister.
08 mars 2008
Le castor
Mémoires d'une jeune fille rangée, Simone de Beauvoir
... Sartre répondait exactement au voeu de mes quinze ans: il était le double en qui je retrouvais, portés à l'incandescence, toutes mes manies. Avec lui, je pourrais toujours tout partager. Quand je le quittai au début d'août, je savais que plus jamais il ne sortirait de ma vie."
(4è de couverture Folio Edition 1988)
Je n'avais jamais ouvert un livre de Simone de Beauvoir, l'auteur se rapprochant trop, pour moi, des lectures scolaires obligatoires. Et comme toujours, il faut attendre que l'envie vienne d'elle même.
Sans contrainte, je me suis attelée à cette lecture, et j'ai été étonnée de ne pas m'ennuyer...En effet, cette autobiographie reste très abordable, à part peut-être quelques passages sur des notions philosophiques, mais rien d'incompréhensible. J'aime beaucoup les biographies, comme si l'on pouvait découvrir les germes de la personnalité en devenir dans le récit des premiers temps.
Je n'ai pas la prétention de juger son oeuvre, mais mon sentiment est que finalement, cette jeune Simone de Beauvoir, avec son érudition et le fait qu'elle fut un "pur esprit"', n'était pas si différente des autres jeunes filles de son âge.
L'écriture est compacte, mais jamais ennuyeuse. Nous découvrons le monde feutré de la bourgeoisie par la vision sans fard de la jeune fille puis de l'étudiante sorbonnarde. Elle juge sévèrement ses pairs, et bien sûr, j'attendais à chaque page sa rencontre avec Sartre - qui n'arriva qu'en toute fin de volume...
Deux autres parties complètent cette autobiographie, La force de l'âge et La force des choses.
Les premières lignes:
Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail. Sur les photos de famille prises l'été suivant, on voit de jeunes dames en robes longues, aux chapeaux empanachés de plumes d'autruche, des messieurs coiffés de canotiers et de panamas qui sourient à un bébé: ce sont mes parents, mon grand-père, des oncles, des tantes, et c'est moi. Mon père avait trente ans, ma mère vingt et un, et j'étais leur premier enfant. Je tourne une page de l'album; maman tient dans ses bras un bébé qui n'est pas moi; je porte une jupe plissée, un béret, j'ai deux ans et demi et ma soeur vient de naître.
30 décembre 2007
Personnalités
Les mille et une vies de Billy Milligan, Daniel Keyes
Quand la police de l'Ohio arrête l'auteur présumé de trois, voire quatre viols de jeunes femmes, elle croit tenir un cas facile: les victimes reconnaissent formellement le coupable et celui-ci possède chez lui la totalité de ce qui leur a été volé. Pourtant, ce dernier nie farouchement. Ou bien il reconnaît les vols, mais pas les viols. Son étrange comportement amène ses avocats commis d'office à demander une expertise psychiatrique. Et c'est ainsi que tout commence...
On découvre que William Stanley Milligan possède ce que l'on apelle une personnalité multiple, une affection psychologique très rare, qui fait de lui un être littéralement "éclaté" en plusieurs personnes différentes qui tour à tour habitent son corps. Il y a là Arthur, un Londonien raffiné, cultivé, plutôt méprisant, et puis Ragen, un Yougoslave brutal d'une force prodigieuse, expert en armes à feu. Et bien d'autres. En tout, vingt-quatre personnalités d'âge, de caractère et même de sexe différents.
L'affaire Billy Milligan a fait la une des journaux américains, fascinés par ce cas et par la lutte qu'ont menée les psychiatres et Billy lui-même pour essayer de "fusionner" en un seul individu ses 24 personnalités. Quant au livre, construit comme un véritable drame shakespearien, il est le résultat de mois et de mois de rencontres et d'entretiens entre Daniel Keyes et...Ragen, Arthur, Allen et les autres. (...)
On a bien du mal à croire à la possibilité d'avoir 24 personnalités, chacune différente les unes des autres. J'ai même pensé que c'était un roman inventé de toute pièce, même si j'avais déjà entendu parler des personnalités multiples. Cet homme, Billy Milligan, est en fait 24 personnes en même temps dont 10 officielles, les autres étant jugées indésirables car sources de problème. Chacune prend "le projecteur" (la conscience) selon l'environnement ou ce qui arrive à Billy; les autres "dorment" et ne savent pas ce qui se passe: une amnésie qui permet de diagnostiquer la véritable maladie. La simulation apparaît de plus en plus improbable mais comment peut-on imaginer que ce jeune homme de 23 ans, ait pu devenir un maître en art martiaux, un peintre talentueux, un expert en électronique et en évasion, qu'il parle le serbo-croate et l'arabe littéraire, etc... pendant sa courte vie? Le véritable Billy, mis en sommeil par ses personnalités, pour le protéger de la folie, a l'impression, lui, de "perdre le temps". J'ai plutôt l'impression que le temps s'est allongé au gré des vies des autres personnages.
Cette histoire incroyable, mais réelle, va d'ailleurs être adaptée au cinéma courant 2008 par Joel Shumacher.
Daniel Keyes a formé son récit en 3 parties: l'arrestation et la découverte de la maladie de Billy, sa vie et celle de ses "habitants", la prise en charge de sa maladie et son procès.
On est vraiment plongé dans l'histoire et captivé par cette "famille", ainsi nommée par Arthur, une des personnalités clés. On saisit finalement toute la violence qu'a subi Billy, enfant curieux et intelligent, qui s'est refermé en lui-même pour trouver les ressources afin de survivre. Chaque situation entraîne l'apparition d'un nouveau personnage: pour ne plus entendre et se couper du monde, Shawn l'enfant sourd; pour discuter avec le monde extérieur, Allen le jeune homme social et volubile; pour se défendre, Ragen le serbo-croate protecteur attitré de la "famille"; pour subir les coups, David le gardien de la douleur; etc...
La question est: peut-on condamner Billy pour les choses faites par une autre personnalité? Est-il responsable? Après tout, ces personnalités sont des créations imaginaires de son propre esprit.
Ce livre qui est un témoignage se lit vraiment comme un roman, et je l'ai trouvé assez proche du livre de Truman Capote, De sang-froid, dans le sens où il décrit de façon neutre et objective le parcours extraordinaire d'un criminel dans l'Amérique des années 70.
Les premières lignes:
Samedi 22 octobre 1977 - John Kleberg, responsable fédéral de la sécurité dans les universités de l'Ohio, vient de placer la faculté de médecine sous surveillance policière. Des véhicules de patrouille et des escouades de policiers armés quadrillent le campus, des tireurs d'élite sont postés sur les toits et les femmes ont recçu des conseils de prudence: qu'elles évitent de se promener seules et surtout, si elles s'apprêtent à prendre le volant et qu'un homme les observe, méfiance!
Pour la deuxième fois en huit jours, une femme vient d'être enlevée sous la menace d'une arme à feu entre sept heures et huit heures du matin sur le campus. Les deux victimes sont une étudiante en optométrie de vingt-cinq ans et une infirmière de vingt-quatre ans. Dans les deux cas, le scénario a été identique: après avoir conduit sa victime hors de la ville pour la violer, le ravisseur lui a ordonné de toucher des chèques et lui a dérobé le contenu de son sac à main.
Ma note: 8 / 10
30 novembre 2007
Marie-Antoinette: le mythe
La reine scélérate, Marie-Antoinette dans les pamphlets, Chantal Thomas
"Marie-Antoinette: Reine. Autrichienne. Epouse de Louis XVI. Joua à la bergère. Fut guillotinée." Ces mots résument le savoir le plus commun porté par le nom de Marie-Antoinette: l'évidence de sa culpabilité ne fait qu'un avec celle de sa beauté."
Chantal Thomas ne nous présente pas ici une biographie de Marie-Antoinette, mais à partir des innombrables pamphlets, l'étude d'un myhe, celui de la reine scélérate, de l'"archi-tigresse d'Autriche", créé par les courants misogynes et xénophobes, qui transformèrent une jeune princesse en une prostitués, une nymphomane, un monstre...
C'est intéressant de voir comment se construit un mythe, comment tout ce qu'on peut penser d'une époque ou d'un personnage relève en fait de la subjectivité. Après tout, on ne connaît l'histoire que par des témoignages et elle est écrite par les vainqueurs. Qui ont tout intérêt à légitimer leurs actes. D'où la nécessité de présenter Marie-Antoinette comme l'ennemi du peuple.
Chantal Thomas rétablit ici quelques vérités et on en apprend beaucoup sur le fonctionnement de la société d'alors, qui n'est finalement pas différent de celle de maintenant, même si les médias ont évolués. Elle nous donne aussi à avoir quelques un de ces fameux pamphlets, dont les titres parlent d'eux mêmes...(le Godmiché royal, Les amours de Charlot et Toinette, L'Orgie royale, Bordel Royal...)
A voir aussi: Un roi sans lendemain



