05 novembre 2009
Surplus
La Déclaration, l'histoire d'Anna, Gemma Malley
Angleterre, 2140.
Les adultes peuvent choisir de ne plus mourir s'ils renoncent à faire des enfants. Anna vit depuis presque toujours au Foyer de Grange Hall, un pensionnat pour les Surplus, des enfants qui n'auraient pas dû naître., des enfants dont les parents ont défié la loi en les mettant au monde. Anna n'a plus de parents désormais. confinée dans l'enceinte du pensionnat, elle travaille très dur pour effacer leur faute.
Anna a tout oublié de son passé.
Jusqu'au jour où arrive un jeune garçon qui semble la connaître. Mais qui est ce Peter ? Pourquoi ne la laisse-t-il pas tranquille ? Et pourquoi elle, Anna, se sent-elle soudain si troublée ?
A travers l'incroyable histoire d'Anna, et au fil de son carnet, son seul confident, un roman bouleversant sur la vitalité de l'adolescence.
C'est un roman pour ado mais je l'ai trouvé d'une tristesse... Il y a comme une atmosphère oppressante, un suspense certes, mais non, ce n'est pas très gai. La forme du récit ne sort pas de l'ordinaire, mais c'est bien ficelé. On y prend goût dès les premières lignes et les deux héros sont forcément très sympathiques.
Les questions que ce roman soulèvent méritent notre attention. En effet, dans la lutte contre le vieillissement inéluctable des corps, la médecine - la science - peut-elle tout, au mépris de la vie, de la nature ? Comment peut-on tomber dans le rejet pur et simple de ce qui est différent ? Est-il si facile de s'abondonner à des pulsions si dangereuses: la peur de la différence, les haines inter-générationnelles ?
C'est un peu manichéen certes, simple mais bien construit et les rebondissements ponctuent l'intrigue de façon efficace. Ou comment les deux héros, voués à un sort funeste réussissent à franchir les multiples épreuves de leur chemin vers la vraie vie. Mais sont-ils prêts à affronter la réalité ?
Les premières lignes:
Ce n'est pas ma faute si je suis là. Je n'ai jamais demandé à naître. Même si ça n'excuse pas le fait que je sois née. Mais on m'a retrouvée très vite, ce qui est "de bon augure". En tout cas, d'après Mrs Pincent. Elle, c'est la Directrice de Grange Hall. On l'appelle "Madame l'Intendante". Quant à Grange Hall, c'est l'endroit où je vis. C'est là qu'on apprend aux gens comme moi à se rendre Utiles - ou "comment tirer le meilleur parti du pire", pour reprendre la phrase de Mrs Pincent.
Je n'ai pas d'autre noms. Pas comme Mrs Pincent. Son nom entier est Margaret Pincent. Certains l'appellent "Margaret", d'autres - la majorité - , "Mrs Pincent"; nous, on dit seulement "Madame l'Intendante". Depuis quelques temps, je me suis mise à l'appeler "Mrs Pincent", moi aussi, mais jamais en face - je ne suis pas folle.
Ma note: 8 / 10
20 octobre 2009
De l'eau
Une interminable période de sécheresse a décimé des populations entières, forçant les survivants à remonter vers le nord, là où se trouvent les dernières ressources en eau. C'est ainsi que commence l'odyssée de Mara et Dann, deux enfants abandonnés puis pourchassés, qui vont connaître la faim, la violence, la trahison, mais aussi l'amour et la maturité.
Une quête initiatique qui traverse la Méditerranée et les mythes fondateurs de notre civilisation.
C'est un roman très dense, compact, écrit dans un style riche qui nous entraîne sur les pas de Mara et Dann, dont on sait juste qu'ils sont deux enfants promis à un destin qui sort de l'ordinaire, même si les difficultés sont légions sur leur route. Leur destin, on ne le connaîtra qu'à la fin, au moment d'un choix qui pourra décider de renouer avec l'Histoire ou de continuer leur propre histoire. Entre temps, ils auront connu la pauvreté, la faim et la soif extrêmes (les premiers chapitres sont très forts), l'esclavage, l'enrôlement dans les armées et les guerres qui déchirent l'Ifrik. Tour à tour ensemble ou bien séparés mais toujours soudés inexorablement, les deux jeunes gens n'ont qu'un but, atteindre le Nord. En remontant le continent, ils découvrent des paysages inconnus - fertiles, irrigués - pour eux qui ont connu les affres du manque; des peuplades aux us et coutumes différents qui subjuguent Mara, toujours en quête de connaissances.
C'est un tableau très actuel, un conte de 700 pages qu'on peut imaginer décrivant l'émigration de toujours vers un monde meilleur. Il fait écho à tellement de choses qu'on ne peut pas rester insensible à cette odyssée.
L'auteur ne nous laisse pas reposer, c'est même quelque fois déroutant tant les faits s'enchaînent rapidement comme si l'on était poussé par la même force que les deux héros, comme s'il en allait de leur survie. Mais c'est aussi toute la force de ce roman.
Les premières lignes:
La scène qu'enfant, puis adolescente et enfin jeune femme elle s'efforcerait tant de garder en mémoire était assez claire au début. Elle avait été entraînée de force - tantôt portée, tantôt tirée par la main - , par une nuit noire, seules les étoiles étaient visibles, puis on l'avait poussée dans une chambre en lui ordonnant de se taire, et les gens qui l'avaient amenée avaient disparu. Elle n'avait pas prêté attention à leurs visages, à leur aspect, elle était trop effrayée, mais c'était son peuple, le Peuple, elle en était sûre. La chambre ne ressemblait à rien de ce qu'elle avait connu. C'était un carré, construit avec des rocs énormes. Elle se tenait dans une des maisons rocheuses. Elle les côtoyait depuis toujours. Les maisons rocheuses étaient là où vivaient "les autres", le peuple des Rochers. Pas son peuple à elle, qui les méprisait.
Ma note: 8 / 10
29 août 2009
L'Etrange Odd Thomas, Dean Koontz
Pico Mundo, Californie. Le jeune Odd Thomas, cuisinier de son état, possède un don particulier : il communique avec les morts. Pourra-t-il sauver la petite ville du mal qui rôde ?
J'aime assez cet auteur, il me rappelle Stephen King, dans le sens où l'on est de suite dans un univers particulier où le fantastique, l'imprévu arrive si facilement...
Mais l'histoire d'Odd Thomas ne m'a pas enthousiasmée... Je n'ai pas réussi à accrocher ni à trouver le héros plus sympathique que ça. On retrouve le thème cher à Dean Koontz : l'omniprésence du Mal (avec un grand M) et de ses sbires, rôdant autour du héros et de son entourage, jusqu'à la confrontation finale. (voir Le visage de l'ange).
Odd Thomas est un anti-héros, un jeune Américain dont la seule ambition serait d'être embauché au "Palais du Pneu". Sa copine, une jeune vendeuse de glace. C'est un tableau de l'Amérique des toutes petites villes, avec des gens limite à la marge.
L'auteur se veut aussi plein d'humour, mais j'ai ressenti ça comme un exercice de style, comme s'il essayait de copier des auteurs comme Jeff Lindsay ou Tim Cockey, qui à mon avis, excelle dans le genre de l'humour noir. Bref, ça n'a pas trop pris avec moi, un peu déçue même si ça se lit facilement et que quelques rebondissements bienvenus maintiennent un suspens correct.
Les premières lignes:
Je m'appelle Odd Thomas. Evidemment, mon nom ne vous dit rien, et en ces temps où la gloire est la nouvelle icône du monde, il n'y a aucune raison pour que cette seule information suffise à éveiller votre intérêt.
Je ne suis pas une célébrité. Ni même le fils d'une célébrité. Je n'ai jamais été marié à une vedette, ni violé par une quelconque star, et aucune personne connue ne se promène sur la planète avec l'un de mes reins dans son corps. Pis encore, je n'ai aucune envie de devenir célèbre !
Ma note: 7 / 10
19 août 2009
Le soldat chamane - 2, Le cavalier rêveur, Robin Hobb
A la prestigieuse école de cavalerie, d'incessantes rivalités opposent les fils de l'ancienne aristocratie aux jeunes de la nouvelle noblesse. Issus de la seconde catégorie, Jamère et ses amis paient les pots cassés d'une politique qui ne les favorise pas. Le jeune homme doit par ailleurs supporter les apparitions de plus en plus fréquentes de la femme-arbre dans ses rêves, qui attise les flammes de son conflit intérieur. Doit-il sa loyauté à la société rigide dont il est l'enfant ou à la nature et à la magie ancienne qui l'attirent inexplicablement ? Et ce n'est pas la rencontre avec son originale cousine, Epinie, qui l'aidera à répondre à cette question.
J'ai dévoré ce deuxième tome, toute entière aux tourments de Jamère dans sa rigide Ecole où l'injustice règne en maître. C'est ça tout l'intérêt de ces livres: le sympathique héros, droit, honnête et pur, se voit infliger une série de coups durs qui remet toute sa conception de la vie en jeu. Notre sens de la justice prend vite le dessus...
Les premières lignes:
J'abordais mon troisième mois d'Ecole avec l'espoir que ma vie suivrait désormais un cours prévisible. L'initiation était derrière nous et j'avais survécu à la première élimination ; au choc de cette expérience succéda une période d'accablement à laquelle aucun d'entre nous n'échappa. Mais cette humeur se dissipa bientôt, car des jeunes gens ne peuvent pas rester longtemps en proie à la tristesse ; résolus à laisser ce pénible épisode au passé, nous nous tournâmes tous vers l'avenir de notre scolarité. J'avais des notes supérieures à la moyene dans toutes les disciplines et je brillais particulièrement en génie militaire.
Ma note: 9 / 10
13 août 2009
Saga
Le soldat chamane - 1, La déchirure, Robin Hobb
Par son rang de naissance, Jamère est promis à une brillante carrière militaire. Son père, le colonel Burvelle, anobli par le roi sur le champ de bataille, n'a pas attendu qu'il ait atteint l'âge d'intégrer l'école militaire pour lui imposer une discipline de fer et lui inculquer les rudiments de son éducation martiale. Mais que doit-il penser lorsque son père le confie aux bons soins d'un inquiétant guerrier nomade, un chamane qui l'entraîne dans un rêve dont il ressortira changé à jamais ? Car Jamère a beau essayer de toutes ses forces d'enfouir ce souvenir au plus profond de lui-même, sa compréhension du monde a été altérée. Appartient-il encore à la culture rigide dont il est issu, ou bien à cette nature primitive et puissante qu'il sent s'exprimer sous le vernis social ?
J'hésitais à me lancer encore dans une nouvelle saga, d'autant que je n'avais pas réussi à accrocher à celle des "Aventuriers de la mer", du même auteur alors que j'avais adoré "l'Assassin royal".
Et là, je fus agréablement surprise car j'ai découvert une nouvelle fois tout le talent de Robin Hobb à créer un monde, sa mythologie, ses coutumes. A tel point qu'on est aussitôt transporté aux côtés de Jamère, jeune fils militaire dont la carrière est toute tracée: intégrer l'Ecole royale de cavalla et devenir un officier aussi reconnu et talentueux que son père.
C'est donc un premier tome qui pose les fondations de ce qu'on imagine comme une longue saga, telle que l'Assassin royal. En se préparant à la vie militaire, un Nomade va initier Jamère dans un premier temps aux pratiques de survie mais ensuite, par une expérience irréelle et douloureuse, ce shaman va le marquer à jamais physiquement et spirituellement. Une partie de lui-même restera dans ce monde étrange, aux ordres d'une étrange déesse-arbre voulant sauver son Peuple.
Expérience refoulée qui ne l'empêche pas d'intégrer enfin l'Ecole Royale où il se lie d'amitié avec d'autres jeunes hommes, fils de nouveaux nobles eux-aussi. Mais sous des dehors de respectabilité, l'Ecole reflète malheureusement les luttes de pouvoirs entre membres de la Noblesse. Et il va être bien difficile de rester serein.
C'est donc un roman d'initiation dans un monde où luttent ancienne magie et nouvelles divinités, un monde rigide et codifié, un monde de pionniers lancés vers de nouvelles contrées mystérieuses mais où les tensions entre élites menacent l'équilibre de la monarchie et la souveraineté du roi.
J'attends la suite avec impatience !
Les premières lignes:
Je garde nettement le souvenir de la première fois où j'ai vu opérer la magie des Plaines.
J'avais huit ans et j'accompagnais mon père au poste avancé de Coude-Frannier avec le caporal Pars. Levés avant l'aube pour le long trajet, nous avions efin aperçu le pavillon qui flottait au-dessus de l'enceinte, au bord de la rivière, alors que le soleil arrivait au midi. Jadis fort militaire implanté sur la frontière contestée entre les habitants des Plaines et le royaume de Gernie, Coude-Frannier se trouvait désormais très à l'intérieur du territoire gernien, mais il conservait les traces de sa superbe d'antan.
Ma note: 9 / 10
08 août 2009
Tome 3
" Deux futurs, deux âmes soeurs... C'était trop pour une seule personne. Je compris que ce n'était pas Edward et Jacob que j'avais essayé de réconcilier, c'étaient les deux parts de moi-même, la Bella d'Edward et la Bella de Jacob. Malheureusement, elles ne pouvaient coexister et j'avais eu tort de tenter de les y contraindre.
A présent, je ne doute pas de ce que je désire, ni de ce dont j'ai besoin... ni de ce que je vais faire, là, maintenant..."
Trop long, trop poussif, trop... inintéressant...? C'est sûr que lorsqu'il ne se passe rien, il faut meubler, mais là, c'est too much. Certes, on apprend quelques petites choses essentielles sur les personnages, notamment sur les différentes familles (Cullen, Black...) mais il n'y a que vers les cent dernières pages où l'action arrive enfin. Sur environ 600 pages... ça fait peu. J'ai juste envie de dire: qu'ils sautent le pas, ces deux-là... Ils seront heureux (ou pas) et nous aussi.
Les atermoiements de l'héroïne, godiche comme pas une, son prince, Edward, qui est l'archétype du mâle (beau, intelligent, protecteur, riche et surtout qui supporte sans ciller sa mièvre dulcinée... ça n'arrive jamais...bon, je sais, c'est un roman...) mais plutôt du genre soit beau et tais-toi.
Enfin bref, je suis déçue. C'est tout. Et dire qu'il y a un autre tome...
Les premières lignes:
Mes doigts caressèrent la feuille, s'arrêtant sur les creux où il avait appuyé si fort sa plume que le papier avait failli se déchirer. Je l'imaginais rédigeant cette missive, traçant maladroitement de son écriture grossière les mots furieux, barrant ligne après ligne les phrases insatisfaisantes, jusqu'à briser de ses mains puissantes, peut-être, son stylo, ce qui expliquerait les tâches d'encre. Je devinais les sourcils sombres se fronçant sous l'effet de la frustration, les rides de son front.
Ma note: 5,5 / 10
11 juillet 2009
Tome 2
"Tu ne me reverras plus. Je ne reviendrai pas. Poursuis ta vie, je ne m'en mêlerai plus. Ce sera comme si je n'avais jamais existé."
Rejeté par celui qu'elle aime passionnément, Bella ne s'en relève pas. Fascinée par un vampire, comment pourrait-elle retrouver goût à la pâle existence humaine ? Pourtant il faut vivre. Mais Bella n'a de goût pour rien, sinon le danger : alors elle entend la voix d'Edward, et éprouve l'illusion de sa présence. Comme s'il ne l'avait pas abandonnée, comme s'il tenait encore à elle. Bella échappera-t-elle à cette obsession amoureuse qui la hante ? A quel prix ?
Finalement, on se laisse bien emmener dans cet univers très spécial où "monstres" et réalité se mélangent dans un savoureux dosage, même si au premier abord, j'ai été un peu surprise de la profusion de créatures légendaires, mais finalement, on s'y fait...
Bella est anéantie par la rupture avec Edward, anéantie est même trop faible. Elle est brisée. Elle retrouve un peu de vie auprès de Jacob, l'ami de toujours jusqu'à ce que les évènements la laissent de nouveau seule. Trop seule.
C'est un gros pavé et il ne se passe pas grand chose pendant la majeure partie du livre, mais on devient rapidement accro. Les paraboles et métaphores (Roméo et Juliette, etc...) mis à part, ça reste toujours assez actuel et parlant, comme toutes les histoires d'amour. Une touche de suspens en plus et le mélange prend vite. Un bon moment de lecture, donc.
Les premières lignes:
On aurait dit que j'étais prise au piège d'un cauchemar terrifiant, un de ceux où l'on est forcé de fuir, de courir jusqu'à ce que les poumons donnent l'impression d'exploser, sans que l'on réussisse pourtant à bouger assez vite. Mes jambes paraissaient s'engourdir au fur et à mesure que je me frayais un chemin parmi les badauds insoucieux, alors que les aiguilles de l'immense horloge, elles, ne ralentissaient pas leur course. Animées par une force implacables, elles tournaient, indifférentes, se rapprochant inexorablement de la fin - la fin de tout.
Ma note: 7,5 / 10
29 mai 2009
Les Démoniaques, Serge Brussolo
"D'abord, il faut connaître les règles, énonça l'aveugle. Toutes les portes du château sont scellées. On ne peut les crocheter puisqu'elles n'ont pas de serrure. Seule une bonne main de gloire peut les faire pivoter contre leur volonté."
Jeanne fronça les sourcils. Elle savait vaguement ce qu'était une main de gloire: un débris momifié prélevé sur le cadavre d'un pendu et entre les doigts duquel on fichait une bougie noire confectionnée avec de la graisse humaine. Le talisman avait le pouvoir, disait-on, d'ouvrir toutes les portes, toutes les serrures, et de révéler l'emplacement des trésors cachés. C'était une croyance remontant au Moyen-Age. Une pratique de pure sorcellerie...
C'est toujours la même chose avec Brussolo. Des romans à la pelle, souvent construit sur le même schéma, mais c'est agréable de se laisser prendre au jeu d'une histoire souvent délirante. Ici, une jeune femme pure et naïve (niaise?), entraînée malgré elle par un baron pervers dans une quête folle: ouvrir un livre de pierre antique qu'une malédiction enfonce toujours plus profondément dans la terre, comme pour le soustraire à la vue des hommes, pour leur cacher tous ses secrets qui ont fait le monde depuis le commencement.
Un univers toujours bizarre, limite pervers, une mythologie loufoque, un cadre étrange, mais on se prend au suspens, distillé avec brio.
Bref, sans prétention, ça se lit vite, mais pour ma part, j'adhère toujours.
Les premières lignes:
Le vacarme des chevaux emplissait la rue. Les sabots ferrés des bêtes arrachaient des étincelles aux pavés, produisant un bruit d'enfer qui se répercutait le long des façades. Les cariatides et les atlantes soutenant les balcons des dignes maisons bourgeoises plantées de part et d'autre du boulevard semblaient froncer les sourcils devant cette entorse à l'ordre des choses. On les sentait irrités, outrés même, prêts à gonfler leurs muscles pour arracher aux immeubles des pans entiers de maçonnerie qu'ils jetteraient ensuite sur la populace engorgeant la chaussée. Ah! c'en était trop, voilà que l'émeute lançait sa masse haillonneuse à l'assaut des quartiers honnêtes.
Ma note: 7,5 / 10
20 septembre 2008
Mythologie ténébrane
Le cycle des légendes, Marion Zimmer Bradley
Un monde perdu, parcouru par des vents fantômes qui apportent avec eux d'étranges pollens, capables d'allumer le désir et de féconder les ventres: la planète Ténébreuse est la Grande Mère de toutes les Mères Fondatrices et par là même de tous les Ténébrans. "La Planète aux vents de folie", qui en raconte les origines, n'est pas seulement une histoire d'astronef naufragé et de courageux colons qui entreprennent de maîtriser la Mère Nature; ils doivent en éprouver le pouvoir pour sentir qu'ils ne sont pas perdus, qu'ils sont chez eux entre les hautes montagnes où désormais ils habitent.
Leur descendance ne sera plus comme eux; elle portera en elle les talents donnés par Ténébreuse qu'elle accroîtra de son mieux par la sélection génétique et l'éducation; partis des ordinateurs, ils réinventeront une culture archaïque où l'esprit n'aura plus besoin des machines pour semer le chaos, rétablir l'ordre et instaurer la liberté pour tous - y compris, bien entendu pour les femmes. L'origine des familles, des coutumes, des pouvoirs, des expressions proverbiales, les mystères embusqués un peu partout dans le cycle "La romance de Ténébreuse", les explications mythologiques ou pseudo-historiques (les légendes de Cassilda et de Dame Bruna), voilà de quoi séduire Marion Zimmer Bradley elle-même, puis ses lectrices devenues auteurs à leur tour.
Tout est dit dans ce quatrième de couverture. Nous avons donc ici des nouvelles écrites chacune par un auteur différent et contribuant à expliquer certains points de l'histoire et de la mythologie ténébrane.
C'est un regard a posteriori et je trouve toujours intéressant de voir ce que peuvent imaginer ces auteurs qui furent avant tout lecteurs et passionné(e)s même si les puristes ne partagent peut-être pas cet avis. La romance de Ténébreuse est tellement riche qu'on a toujours envie d'approfondir et de découvrir ce qui en a fait la génèse. Les nouvelles sont vraiment écrites dans le style de Marion Zimmer Bradley et on n'est pas du tout dépaysé.
Je les recommande donc à ceux qui connaissent déjà Ténébreuse afin d'éclairer certains points obscurs et se replonger dans l'Histoire avec un grand H de cette planète rouge.
Ma note : 8,5 / 10
13 juin 2008
Ange gardien
Le Visage de l'ange, Dean Koontz
Channing Manheim, grande star de cinéma au physique d'Apollon, déchaîne l'adoration des foules mais suscite aussi la haine d'un esprit machiavélique. L'existence dorée et parfaitement ordonnée de l'acteur se trouve soudain menacée à mesure que des messages aussi terrifiants qu'énigmatiques franchissent l'enceinte surprotégée de sa légendaire propriété de Bel Air.
L'ex-flic Ethan Truman, engagé pour assurer la sécurité de l'icône hollywoodienne et de son fils de dix ans, Fric, va tenter de trouver un sens à ces mystérieux rébus. Mais, au fil de son enquête, Ethan se retrouve confronté au paranormal et aux fantômes de son propre passé. Parviendra-t-il à déjouer les terribles desseins de celui qui se définit comme un "agent du chaos"?
Dean Koontz, c'est un peu comme du Stephen King à ses débuts, mais en légèrement moins bien quand même. Il y a toujours une atmosphère, un bon suspens, des personnages pervers à souhait... Au moins, je sais toujours plus ou moins ce que je vais y trouver.
J'avais tout de même été déçue par son dernier, Au clair de lune, où malgré un scénario intéressant, la mayonnaise n'avait pas prise.
Dans ce livre, nous suivons Ethan, flic au grand coeur, devenu agent de sécurité de la Vedette internationale, Channing Manheim, dans l'immense villa/palais de ce dernier. Toute l'action se passe en quelques jours, pendant les fêtes de fin d'année.
Ethan va devoir enquêter sur de mystérieux colis que reçoit son patron depuis un certain temps.
En parallèle, on découvre un mystérieux homme en jaune, adepte du chaos, dont l'unique ambition est de détruire la société. Il s'y applique par une multitude de petits actes qui, mis bout à bout, l'assure que l'anarchie est en marche. Mais il prépare aussi quelque chose de plus grand, un Projet qui, pense-t-il pourra contribuer à saper les fondements de cette sociéte où tout est spectacle. Et le fils de Manheim, Aelfric, y tient la place principale.
Au cours de son enquête, Ethan va croiser la route d'un ancien ami d'enfance, ce qui va être le déclencheur de mystérieuses interventions qu'on pourrait qualifier de divines...
Aelfric, de son côté, n'est pas en reste. Quasi seul dans la grande villa, il va faire la connaissance d'un mystérieux personnage, sorte d'entité d'un autre monde, venu pour le protéger ou...autre chose...
Finalement, le suspens nous tient en haleine jusqu'au bout, un peu comme dans Shining où la maison est aussi menaçante qu'un personnage réel.
Bref, un bon Dean Koontz, cette fois-ci.
Les premières lignes:
Une fois la pomme coupée en deux, les deux moitiés avaient été recousues avec du fil noir grossier. Dix points de suture, uniformément répartis. Chaque noeud formé avec la précision impatiente d'un chirurgien.
La variété de la pomme, une rouge juteuse à souhait, pouvait avoir son importance. Sachant que les messages étaient toujours délivrés sous forme d'images - jamais au moyen de mots - , ce genre de détail visuel pouvait servir à affiner la pensée de l'expéditeur, tout comme adjectifs et ponctuation affinaient la prose des littérateurs.
Mais il était sans doute plus vraisemblable que cette pomme avait été choisie pour la fermeté de sa texture. Trop mûre, la chair molle se serait déchirée, même si l'aiguille avait été maniée avec précaution et les points noués avec douceur.
Ma note: 7 / 10




