Bouq1 et Cie

Au fil des lectures et autres découvertes

20 juin 2008

L'île maudite

51azkci00oLPig Island, Mo Hayder

  Joe Oakes est journaliste et gagne sa vie en démystifiant les prétendus phénomènes paranormaux. En débarquant sur Pig Island, îlot perdu au large de l'Ecosse, il est fermement décidé à vérifier si la trentaine d'allumés qui y vivent en vase clos vénèrent le diable comme les en accusent les gens de la côte. Et, surtout, il veut tordre le cou au mythe du monstre qui aurait élu domicile sur l'île, une mystérieuse créature filmée deux ans plus tôt par un touriste à moitié ivre.
  Mais rien, strictement rien ne se passe comme prévu. Joe est confronté à des évènements si atroces qu'ils bouleversent à jamais son idée de la peur et du mal...

Je ne peux pas me défaire d'une drôle de sensation à la lecture de ce livre. J'avais eu un peu la même lorsque j'avais lu "L'homme du soir", du même auteur. Comme si les ficelles étaient vraiment grosses pour une sorte de canular tout le long du livre. Comme si l'auteur se moquait de nous. En même temps, tout son talent est de maintenir un très bon suspens... on reste accroché jusqu'à la fin, mais comme à regret, pour ma part.
  Il y a une vingtaine d'années, Joe Oakes (Hoax?) avait eu maille à partir avec Malachi Dove, le fondateur d'une secte, adepte du tout naturel et de la guérison par la pensée, ou quelque chose d'approchant.
Mais aujourd'hui, sous son vrai nom de journaliste reconnu, il est appelé par cette même secte, dont Dove a disparu sans laisser de trace, afin de faire un reportage sur l'île où ils vivent. La rumeur prétend beaucoup de choses et peut-être pourra-t-il y mettre fin. Sauf que... accompagnée de sa femme nymphomane, il va rencontrer une belle brochette de gens bizarres... et découvrir la triste histoire de Malachi Dove, devenu complètement fou... Et Joe se laisse gagner par la folie ambiante, comme si lui aussi devenait possédé par Dove.
Je ne peux rien dire de plus sans dévoiler l'intrigue. Mais toujours est-il que je ne me dépars pas de mon sentiment premier, comme si Mo Hayder jouait avec ce qu'il y a de plus pervers en nous. Et c'est franchement déroutant. Encore que je trouve que ce livre-ci n'est pas non plus le meilleur qu'elle ait écrit dans ce genre...

Les premières lignes:
   
La première sirène d'alarme s'est déclenchée dans ma tête au moment où le patron et le pêcheur de homards m'ont montré ce qui s'était échoué sur la grève. Il m'a suffi d'un regard au fracas des vagues pour comprendre que démonter le canular de Pig Island ne serait pas une partie de plaisir, contrairement à ce que j'avais espéré.
  Je n'ai trop rien dit pendant quelques minutes, et sans doute me suis-je gratouillé la nuque, planté là, le regard fixe, parce que ce genre de truc... ma foi, ça fait réfléchir, pas vrai ? On a beau se prendre pour un cador, se dire qu'on a déjà à peu près tout vu, se croire blindé contre les histoires de dingues qu'on entend de-ci de-là, voir une saleté pareille vous lécher les semelles, ça donne forcément de petites démangeaisons.

Ma note: 7 /10

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15 juin 2008

Une vengeance

41K15P7X51LLe guerrier solitaire, Henning Mankell

  Dans la chaleur intenable de l'été 1994, une jeune fille s'immole par le feu dans un champ de colza. Le lendemain, un ancien ministre est tué à coups de hache. C'est le début d'une série de meurtres terrifiants. Quel est le lien entre tous ces morts? La police d'Ystad, menée par Kurt Wallander, entame une course contre la montre pour arrêter le tueur... avant qu'il ne frappe à nouveau.

Je pensais ne pas aimer Mankell, suite à ma lecture des "Chiens de Riga", que j'avais trouvé...pesante et dont le sujet m'était complètement passé au-dessus. Finalement, j'ai mis la main sur celui-ci et pourquoi pas retenter?
Je n'ai pas été déçue. Même si je prends la série en marche, je n'ai eu aucun mal à m'immiscer dans la vie de Kurt Wallander, bon, peut-être juste à m'habituer aux noms des personnages que je confondais au début.
L'intrigue est bien ficelée, on suit pas à pas le cheminement des enquêteurs, les différentes pistes envisagées, bonnes ou mauvaises, le questionnement de l'équipe, les réunions comme si on y était.
On sympathise très vite avec Wallander et ses interrogations sur sa propre vie: son ex-femme, sa fille Linda qui se rappoche de lui, son amie Baiba avec qui il n'ose pas trop s'engager, sa vie de flic,...
Dans cette enquête, des personnages peu sympahiques sont assassinés de façon...spectaculaire. Wallander et son équipe peinent à trouver un lien, fut-il ténu, entre chacune des victimes et de ce fait, le profil du meurtrier est insaisissable. Une autre enquête occupe l'esprit de Wallander, la jeune fille qui s'est immolée et dont les images le hantent. Comment une jeune fille de dix-sept à peine a-t-elle pu vouloir mettre fin à sa vie dans ces conditions ? La société ne peut-elle plus protéger ses enfants ?
Avec l'irruption d'un serial killer comme Ystad n'en a jamais connu, c'est la découverte que la violence arrive même dans des endroits qu'on pensait préservés...
Ce que j'aime aussi dans ce genre de polar, c'est qu'on peut découvrir un autre pays par le petit bout de la lorgnette, ici la Suède.

Les premières lignes:
 
Peu avant l'aube, Pedro Santana fut réveillé par la lampe à pétrole qui fumait.
  Il ouvrit les yeux avec la sensation de ne pas savoir où il se trouvait. Il avait été arraché à un rêve dont il ne voulait pas perdre le fil. Il parcourait un étrange paysage montagneux, où l'air était très léger, et il lui semblait que tous ses souvenirs l'abandonnaient. La lampe à pétrole qui fumait s'était immiscée dans sa conscience comme une lointaine odeur de cendre volcanique. Mais il avait soudain entendu un halètement de souffrance. Et son rêve s'était brisé, le contraignant à revenir dans la pièce sombre où il venait de passer six jours et six nuits sans jamais dormir plus de quelques minutes d'affilée.

Ma note: 7,5 / 10

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13 juin 2008

Ange gardien

41BX550RxoLLe Visage de l'ange, Dean Koontz

Channing Manheim, grande star de cinéma au physique d'Apollon, déchaîne l'adoration des foules mais suscite aussi la haine d'un esprit machiavélique. L'existence dorée et parfaitement ordonnée de l'acteur se trouve soudain menacée à mesure que des messages aussi terrifiants qu'énigmatiques franchissent l'enceinte surprotégée de sa légendaire propriété de Bel Air.
L'ex-flic Ethan Truman, engagé pour assurer la sécurité de l'icône hollywoodienne et de son fils de dix ans, Fric, va tenter de trouver un sens à ces mystérieux rébus. Mais, au fil de son enquête, Ethan se retrouve confronté au paranormal et aux fantômes de son propre passé. Parviendra-t-il à déjouer les terribles desseins de celui qui se définit comme un "agent du chaos"?

Dean Koontz, c'est un peu comme du Stephen King à ses débuts, mais en légèrement moins bien quand même. Il y a toujours une atmosphère, un bon suspens, des personnages pervers à souhait... Au moins, je sais toujours plus ou moins ce que je vais y trouver.
J'avais tout de même été déçue par son dernier, Au clair de lune, où malgré un scénario intéressant, la mayonnaise n'avait pas prise.
Dans ce livre, nous suivons Ethan, flic au grand coeur, devenu agent de sécurité de la Vedette internationale, Channing Manheim, dans l'immense villa/palais de ce dernier. Toute l'action se passe en quelques jours, pendant les fêtes de fin d'année.
Ethan va devoir enquêter sur de mystérieux colis que reçoit son patron depuis un certain temps.
En parallèle, on découvre un mystérieux homme en jaune, adepte du chaos, dont l'unique ambition est de détruire la société. Il s'y applique par une multitude de petits actes qui, mis bout à bout, l'assure que l'anarchie est en marche. Mais il prépare aussi quelque chose de plus grand, un Projet qui, pense-t-il pourra contribuer à saper les fondements de cette sociéte où tout est spectacle. Et le fils de Manheim, Aelfric, y tient la place principale.
Au cours de son enquête, Ethan va croiser la route d'un ancien ami d'enfance, ce qui va être le déclencheur de mystérieuses interventions qu'on pourrait qualifier de divines...
Aelfric, de son côté, n'est pas en reste. Quasi seul dans la grande villa, il va faire la connaissance d'un mystérieux personnage, sorte d'entité d'un autre monde, venu pour le protéger ou...autre chose...
Finalement, le suspens nous tient en haleine jusqu'au bout, un peu comme dans Shining où la maison est aussi menaçante qu'un personnage réel.
Bref, un bon Dean Koontz, cette fois-ci.

Les premières lignes:
 
Une fois la pomme coupée en deux, les deux moitiés avaient été recousues avec du fil noir grossier. Dix points de suture, uniformément répartis. Chaque noeud formé avec la précision impatiente d'un chirurgien.
La variété de la pomme, une rouge juteuse à souhait, pouvait avoir son importance. Sachant que les messages étaient toujours délivrés sous forme d'images - jamais au moyen de mots - , ce genre de détail visuel pouvait servir à affiner la pensée de l'expéditeur, tout comme adjectifs et ponctuation affinaient la prose des littérateurs.
   Mais il était sans doute plus vraisemblable que cette pomme avait été choisie pour la fermeté de sa texture. Trop mûre, la chair molle se serait déchirée, même si l'aiguille avait été maniée avec précaution et les points noués avec douceur.

Ma note: 7 / 10

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Kotelnicht, Russie

31LnQbuPglLUn roman russe, Emmanuel Carrère

  La folie et l'horreur ont obsédé ma vie. Les livres que j'ai écrits ne parlent de rien d'autre.
  Après L'Adversaire, je n'en pouvais plus. J'ai voulu y échapper.
  J'ai cru y échapper en aimant une femme et en menant une enquête.
  L'enquête portait sur mon grand-père maternel, qui après une vie tragique a disparu à l'automne 1944 et, très probablement, été abattu pour faits de collaboration. C'est le secret de ma mère, le fantôme qui hante notre famille.
  Pour exorciser ce fantôme, j'ai suivi des chemins hasardeux. Ils m'ont entraîné jusqu'à une petite ville perdue de la province russe où je suis resté longtemps, aux aguets, à attendre qu'il arrive quelque chose. Et quelque chose est arrivé: un crime atroce.
  La folie et l'horreur me rattrapaient.
  Elles m'ont rattrapé, en même temps, dans ma vie amoureuse. J'ai écrit pour la femme que j'aimais une histoire érotique qui devait faire effraction dans le réel, et le réel a déjoué mes plans. Il nous a précipités dans un cauchemar qui ressemblait aux pires de mes livres et qui a dévasté nos vies et notre amour.
  C'est de cela qu'il est question ici: des scénarios que nous élaborons pour maîtriser le réel et de la façon terrible dont le réel s'y prend pour nous répondre.

J'avais déjà lu L'Adversaire et La classe de neige du même auteur et j'ai dans ma PAL, La moustache. Je me suis donc lancée dans la lecture de celui-ci, d'autant que j'aime assez ce qui se rapporte à la Russie.
Que dire? Finalement, le 4è de couverture résume parfaitement le livre.
Pour ma part, je suis déçue. Déçue par le personnage, l'auteur. Dans l'ensemble, ça se lit très bien, l'auteur est doué pour nous faire suivre pas à pas son cheminement d'écrivain. Malgré tout, le personnage central - je ne sais pas si c'est romancé ou si c'est une sorte de roman/confession - est vraiment antipathique, je trouve. Centré sur son petit nombril, se lamentant sans cesse et l'excuse de la vie -certes troublée- du grand-père pour décrire ses soit-disant tourments... bof, bof. Par son comportement égocentrique, il rend malheureux pas mal de monde, tâtonne, se cherche... Bref, dans un sens, il faut aussi du courage pour écrire cela, mais pour ma part, je m'attendais à autre chose. Je trouve lassant ce genre de jérémiades, mais bon, tout le monde peut être malheureux, c'est vrai.

Les premières lignes:
  Le train roule, c'est la nuit, je fais l'amour avec Sophie sur la couchette et c'est bien elle. Les partenaires de mes rêves érotiques sont en général difficiles à identifier, elles sont plusieurs personnes à la fois sans avoir le visage d'aucune, mais cette fois non, je reconnais la voix de Sophie, ses mots, ses jambes ouvertes. Dans le compartiment de wagon-lit où jusqu'alors nous étions seuls survient un autre couple: M. et Mme Fujimori. Mme Fujimori nous rejoint, sans façons. L'entente est immédiate, très rieuse.

Ma note: 6,5 / 10

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08 juin 2008

Encore des Templiers

41hiB0_JwoLLe dernier Templier, Raymond Khoury

  Acres, 1291. La ville tremble sous l'assaut des hommes du Sultan. A bord du Faucon-du-Temple, quelques chevaliers prennent la mer, chargés par le Grand Maître de sauver un coffret mystérieux. Mais leur navire disparaît sans laisser de traces...
New York, de nos jours. Quatre hommes vêtus d'armures de Templiers s'engouffrent dans le Musée d'art moderne où se tient une exposition des trésors du Vatican. Une jeune archéologue, Tess, est le témoin pétrifié de leur assaut violent et du vol d'une étrange machine. Mais pour elle et l'agent du FBI Sean Reilly, cette attaque n'est que le début d'une course-poursuite mortelle à travers trois continents sur les traces d'un assassin impitoyable... et d'une énigme vieille de vingt siècles...

On voit que Dan Brown est passé par là. Nous avons ici une histoire de Templiers ayant découvert un lourd secret dont l'Eglise veut à toute force s'emparer. L'héroïne, une jeune archéologue passionnée va enquêter avec l'aide d'un agent du FBI, tombé sous son charme. S'ensuit une gentille petite histoire d'amour entre les deux, d'ailleurs. Ils vont croiser un autre savant fou, des barbouzes aux ordres du Vatican, découvrir la technologie d'avant garde des Templiers, ainsi que quelques vérités sur le christiannisme. Les Templiers étaient-ils d'honnêtes catholiques et les preux chevaliers qu'on décrit si souvent ? Ou avaient-ils un côté sombre ? Un peu plus et on était dans le Da Vinci code.
Mais non, finalement, après un début un peu laborieux, nous prenons un rythme de croisière sympathique dans ce roman historico-policier sur fond de guerre sainte. Il ne révolutionne pas le monde, loin de là, mais on entre assez facilement dedans, pas d'ésotérisme hermétique au profane, et le suspens se tient.
Bref, un bon livre pour la plage cet été.

Les premières lignes:
 
Acre, royaume latin de Jérusalem, 1291.
   La Terre sainte est perdue.
   Cette seule pensée tourmentait Martin de Carmaux. Oui, la Terre sainte était irrémédiablement perdue et cette prise de conscience lui semblait bien plus terrifiante que les hordes de guerriers qui jaillissaient de la brèche dans le mur.
   Le jeune chevalier luttait pour refouler cette sombre réflexion.
   L'heure n'était pas aux lamentations. Il avait encore beaucoup à faire.
   Des hommes à tuer.
   Sa grande épée dressée, il chargea au coeur des nuages de poussière et de fumée, plongeant dans les rangs grouillants de l'ennemi. Il en surgissait de partout.

Ma note: 6,5 / 10

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Boîte mail

41vP8m0giBLCamarades de classe, Didier Daeninckx

La narratrice, Dominique, travaille avec succès dans une agence de publicité. Son mari, François, approche comme elle de la soixantaine. Cadre dans un groupe pharmaceutique en cours de restructuration, il est miné par la perspective d'un possible licenciement à quelques années de la retraite. Un message arrive un jour sur la boîte électronique de François, provenant d'un ancien ami de lycée qui tente de renouer le contact grâce au site internet "camarades-de-classe.com". Dominique répond à l'insu de son mari et sollicite les confidences...
Dans la correspondance électronique qui naît s'affrontent des visions contradictoires d'un même passé. Ces anciens gosses d'Aubervilliers, qui fréquentaient la même classe en 1964, ont connu des trajectoires diverses, marquées par Mai 68 et par la culture communiste. L'un est devenu chanteur de charme, l'autre est demeuré stalinien, un autre a tourné escroc au grand coeur, d'autres sont chimiste, universitaire exilé, détective privé, SDF, ou bien mort.
Mais la photo de classe autour de laquelle s'organisent ces retrouvailles virtuelles recèle une énigme d'un autre ordre...
En revisitant la banlieue rouge dans la période encore triomphante du parti communiste, Didier Daeninckx nous raconte, avec précision et humanité, l'histoire d'un génération marquée par les bouleversements des années soixante et soixante-dix.

Un petit roman sympathique qui allie nostalgie et histoire contemporaine. Une photo de classe d'une sortie aux usines Arthur Martin de Reims en 1964 est l'élèment fondateur de la rencontre des années après de la bande de copains d'alors. Grâce au forum du site "camarades-de-classe.com", chacun va se rémémorer cette période clé de sa vie, perdue dans leur propre histoire. Ils découvrent ainsi, comme tout un chacun, que la mémoire est un procédé sélectif et individuel. Chacun a une vision légèrement différente des évènements et c'est ce qui est intéressant dans ce livre. De même, on se rend compte de l'évolution de chaque personnage, comme s'il y avait un avant et un après. Ce qu'on était enfant nous prédestine-t-il à ce que l'on devient une fois adulte ? Est-il possible de prendre en main son destin et d'en faire ce qu'on en veut ?
Mis à part un petit suspens vite éventé, ce livre n'est somme toute, pas très original. On retrouve tout de même le style de l'auteur, une certaine dimension sociale et un engagement certain. Il se lit vite et nous interpelle surtout sur ce que nous, nous sommes devenus. Dans cette histoire, chacun peut sans doute y lire la sienne.

Les premières lignes:
 
Le message ne m'était pas adressé, mais cette fois encore je n'ai pas su résister à l'envie d'en prendre connaissance. François s'était levé, un quart d'heure plus tôt, pour aller boire de l'eau au robinet de la salle de bains, avant de venir se rendormir. Sa semaine avait été rude, avec l'annonce du plan social. Il avait longtemps cru que son nom figurerait sur la liste, et, si on l'avait épargné cette fois, il demeurait convaincu que ce n'était là qu'un répit. La nouvelle l'avait à peine soulagé: il en était déjà à redouter la fin du sursis. J'étais persuadée qu'il aurait préféré faire partie des sacrifiés, pour mettre un terme à l'incertitude. Il n'acceptait pas l'idée que son avenir soit borné par des inconnus dont la seule préoccupation consistait à maintenir la courbe ascendante des résultats de l'entreprise en faisant plonger celle des effectifs. S'il s'était engagé dans cette voie, dès l'adolescence, c'était pour préserver la vie humaine, développer des capacités de l'individu...

Ma note: 7 / 10

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31 mai 2008

Un certaine idée de gauche

41Y9RBHJ64LLe jardin du Bossu, Franz Bartelt

  "Il était là, le con ! Rond comme un bidon. Entouré d'une flopée d'ivrognes encore plus saouls que lui. Je ne l'avais jamais vu en ville. J'ai demandé au Gus qui c'était. Il n'en savait rien. J'ai recommandé une bière. Le type se vantait. Il ne parlait que de son pognon. Il en avait, puisqu'il payait les tournées en sortant de sa poche des poignées de billets. Il refusait la monnaie. Il s'y croyait. Le con. Ah, le con ! Le Gus m'a dit qu'il était déjà saoul en arrivant. Il avait touché la paie ou quoi ? Il buvait du vin blanc limé. De temps en temps, il se levait et chantait une connerie. Il y a connerie et connerie. Les siennes, c'était des conneries de l'ancien temps. On n'y comprenait rien. Des histoires de drap du dessous, que c'est celui qui prend tout. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Il retombait sur sa chaise, comme un sac. Il se remettait à parler de son pognon. Il en avait des tas. Stocké dans le tiroir de la salle à manger. Tout en liquide.
- T'as pas peur de te faire attaquer ? a demandé un des gars."

Ce livre est une plongée dans l'esprit très "idée de gauche" - comme il se décrit lui-même, du héros, ou plutôt de l'anti-héros. Ici, le con n'est pas vraiment celui qui est annoncé. Avec sa philosophie très particulière, sa poésie du quotidien (il est friand d'alexandrins qu'il composent au gré de son inspiration: "Ah, je ferme les yeux et je revois ton cul ! Etre aveugle sera désormais mon seul but."), notre homme se met en tête d'arnaquer un autre pauvre ivrogne croisé dans un bar. Après tout, sa charmante moitié, qui a fait l'école ménagère et à qui on ne la fait pas, ne veut pas le voir revenir à la maison sans argent. Voilà donc une solution facile et sans danger. Croit-il.
Pour son malheur, il va donc croiser le chemin de Jacques, rejeton dévoyé d'une dynastie d'industriels et de star du petit écran, qui va ainsi pimenter sa vie contre son gré. Mais grâce à lui, il va peut-être découvrir quelques grandes vérités sur lui-même.
J'ai adoré l'humour très caustique de l'auteur. De bout en bout, ça ne s'arrête pas. C'est juste l'histoire d'un pauvre gars, finalement très banal, dont on a du mal à ne pas se moquer. Si, en fait, on ne fait que ça, se moquer de sa "connerie". Mais après tout, certaines de ses réflexions sur la vie et des types comme lui, on a déjà dû en croiser...
J'ai passé un très bon moment même si la fin m'a légèrement déçue. Je m'attendais à autre chose. Mais je recommande tout de même ce livre, qui présente, à mes yeux, une des caractéristiques du style de Bartelt, son ironie très décalée.

Extrait (p. 15 /16)
   
Moi, quand j'avale, j'arrête entre trente et quarante. Toujours de la bière. Pas de mélange. Trente ou quarante bières, il y en a assez pour voir le monde en couleur, je crois. Plus, ça serait du vice, de la drogue, une mauvaise pente. L'alcool, mieux vaut ne pas s'y habituer. En tant que basé sur l'idée de gauche, je suis de la matière qui a pris conscience d'elle-même. C'est pas le cas de l'homme basé sur l'idée de droite. Celui-là, il se voit fils de Dieu, créature du ciel, descendant les fleuves impassibles dans l'arche de Noé. Des légendes. En tant que matière qui a pris conscience d'elle-même, je suis sensible à l'humidité. Je gonfle comme du bois. Je flotte pareil. Mais, prudent et responsable, je m'interdis de naviguer par gros temps. Au-dessus de trente bières, le risque du coup de vent n'est pas négligeable. Très peu pour moi. Je suis un partisan de la raison raisonnable.

Ma note: 8 / 10

=> A voir: interview de l'auteur sur le site Pol'art Noir

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23 mai 2008

Profiler

51ZiKbAhXTLLa souffrance des autres, Val McDermid

Traumatisée par un viol récent, Carol Jordan dirige une nouvelle brigade d'élite où chacun, la sachant fragilisée, met en doute ses capacités. Sa première enquête la conduit à traquer un violeur particulièrement pervers, pour qui rien n'est plus exquis que la souffrance des autres...
L'aide de Tony Hill, psychologue profileur, lui sera indispensable pour démêler une intrigue qui repose sur la manipulation mentale.
La reine incontestée du thriller psychologique joue avec nos nerfs dans un suspense démoniaque.

J'ai retrouvé avec joie le duo de Val McDermid, immortalisé à l'écran par Robson Green et Hermione Norris dans la série intitulée "La fureur dans le sang" (du nom du deuxième tome des romans). Et c'est fou comme les héros télévisés collent parfaitement aux personnages du roman. Je ne me les imagine plus autrement.
Nous sommes ici dans le quatrième volet de la série. Carol Jordan, revenue d'une mission sous couverture où, lâchée par ses supérieurs, elle a dû subir le pire des outrages, accepte de travailler comme Inspecteur Principale à Bradfield, sous les ordres de John Brandon, un ancien chef. Son unité d'élite doit reprendre les enquêtes non résolues. Tony Hill, quant à lui, abandonne son poste d'enseignant pour reprendre son métier en hôpital (à Bradfield) et de profiler occasionnel, en partie pour ne pas abandonner Carol Jordan.
Deux enquêtes vont les entraîner sur les pistes de criminels hors du commun. La première est celle consacrée à la disparition de deux petits garçons, qu'on pourra malheureusement vite relier à un crime pédophile, mais les pistes manquent cruellement.
L'autre enquête touche des crimes reprenant le modus operandi d'un serial killer actuellement sous les verrous. Mais pour Tony Hill, des crimes de ce genre ne peuvent pas être copiés, ce sont des crimes sexuels beaucoup trop élaborés. Les crimes touchent des prostituées jusqu'à ce que Paula, membre de l'unité de Carol Jordan, soit enlevée pendant l'opération visant à pièger le criminel. Le temps est compté pour Paula, pour Carol qui revit les affres de sa dernière mission, et pour Tony qui trouve là un adversaire à sa mesure. On a d'ailleurs un aperçu des pensées de ce criminel manipulateur par quelques extraits comme tirés d'un journal, à travers tout le récit.
Encore un très bon moment passé avec cette équipe. L'auteur a vraiment un don pour nous faire vivre avec ses héros les turpitudes d'une vie de flic avec les enquêtes, les relations aux autres - la vie privée est difficile lorsqu'on doit être disponible à tout moment - le stress qui monte. La relation si étrange entre Carol la super flic et Tony, le psy inadapté social lui-même, fait aussi tout le sel de l'histoire. Le suspense est évidemment présent et il est presque impossible de sortir du roman avant la dernière page.
Bref, on en redemande...

Les premières lignes:
 
Tu n'es pas fou juste parce que tu entends des voix. Il n'y a pas besoin d'être bien malin pour comprendre ça. Et même si ces trucs que tu as commis ont soulevé l'estomac des jurés, tu as assez de jugeote pour savoir que ça ne fait pas de toi un conglé pour autant. Toutes sortes de gens ont des voix dans la tête, chacun sait ça. C'est comme à la télé. On y croit dur comme fer en regardant, mais on sait que ce n'est pas la réalité. Et un type en a forcément eu l'idée au départ sans finir là où ça t'a conduit. C'est évident, quoi.
   Alors, tu n'as pas à te faire de bile. Enfin, pas trop. Bon, d'accord, ils ont dit que tu étais sinoque. Le juge a prononcé ton nom, Derek Tyler, et il t'a accolé l'étiquette "dément". Ca a beau être un sacré petit futé, ce juge, il ne s'est même pas douté qu'il était tombé dans le panneau.

Ma note: 8,5 / 10

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MV5BMjA3NTIyNjYxOF5BMl5BanBnXkFtZTcwMjcwNTAwMQ__        709446_1        la_fureur_dans_le_sang_saison_3_1215

La fureur dans le sang ("Wire in the blood"), série britannique créée en 2002 à partir de l'oeuvre de Val McDermid et diffusée à partir de 2003 sur Canal Plus. Cinq saisons sont actuellement tournées.

Tony Hill: Robson Green
Carol Jordan: Hermione Norris
Paula McIntyre: Emma Handy
John Brandon: Tom Chadbon

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21 mai 2008

Perturbé

51GF6pJ7aeLLa neuvième vie de Louis Drax, Liz Jensen

"Je ne suis pas n'importe quel enfant. Je suis Louis Drax. Il m'arrive des trucs qui ne devraient pas arriver, comme d'aller à un pique-nique où on se noie."

Louis Drax est un enfant précoce et perturbé qui multiplie accidents et maladies. Le jour de son neuvième anniversaire, il tombe dans un ravin. Déclaré cliniquement mort, il reprend vie à la morgue... Mais, était-ce bien un accident?
Liz Jensen nous entraîne dans un thriller psychologique où larmes et rires s'entremêlent.

Je n'ai pas été franchement emballée par ce livre. Je l'ai d'ailleurs abandonné un moment pour aller vers d'autres plus lisibles pour moi. Difficile de sympathiser avec les héros, difficile de se plonger dans l'histoire tordue et compliquée.
C'est encore un roman à plusieurs voix où l'une d'elles est celle de Louis Drax, 9 ans. Le coup des enfants précoces, je sature un peu. Son récit est décalé par rapport à l'histoire, comme une suite de flash back, alors que finalement, on sait qu'il est dans le coma suite à une chute (accidentelle ou non?) dans un ravin. Il semble observer la situation d'un autre lieu mystérieux, lointain mais proche en même temps.
Son nouveau médecin, Pascal Dunnachet, s'intéresse de près à son cas de coma profond ainsi qu'à sa mère, très perturbée par le drame d'autant que le père de Louis a disparu. Une sombre histoire de famille semble les unir ou les désunir, plutôt. Et Louis est une sorte de miraculé, un ange selon sa mère.
Dunnachet va vivre une expérience unique, mystérieuse, pour sauver Louis. Mais le peut-il ou le veut-il vraiment? Quel sera le prix à payer pour cela?
Bref, j'ai lu d'autres histoire du même genre un peu plus captivantes que celle-ci. Les dernières pages enfin m'ont amené un regain d'intérêt, mais c'était un peu tard. Dommage.
Ce livre devait être adapté au cinéma par Anthony Minghella, décédé récemment.

=> Un autre avis, plus positif pour Florinette.

Les premières lignes:
   
Je ne suis pas n'importe quel enfant. Je suis Louis Drax. Il m'arrive des trucs qui ne devraient pas arriver, comme d'aller à un pique-nique où on se noie.
    Demandez un peu à ma maman si c'est drôle d'avoir un fils qui collectionne les accidents. Elle vous dira que non. On n'arrive pas à dormir, parce qu'on se demande comment ça va finir. On voit le danger partout et on se dit Il faut le protéger, il faut le protéger. Mais parfois, on ne peut pas.
    Maman m'a détesté avant de m'aimer à cause du premier accident. Celui de ma naissance. Ca s'est passé comme pour l'empereur Jules César. Ils enfoncent un couteau dans la dame jusqu'à ce que son ventre éclate et puis ils te sortent de là, hurlant et couvert de sang.

Ma note: 5,5 / 10

Posté par Aileean à 20:42 - Romans (24) - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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