20 septembre 2008
Mythologie ténébrane
Le cycle des légendes, Marion Zimmer Bradley
Un monde perdu, parcouru par des vents fantômes qui apportent avec eux d'étranges pollens, capables d'allumer le désir et de féconder les ventres: la planète Ténébreuse est la Grande Mère de toutes les Mères Fondatrices et par là même de tous les Ténébrans. "La Planète aux vents de folie", qui en raconte les origines, n'est pas seulement une histoire d'astronef naufragé et de courageux colons qui entreprennent de maîtriser la Mère Nature; ils doivent en éprouver le pouvoir pour sentir qu'ils ne sont pas perdus, qu'ils sont chez eux entre les hautes montagnes où désormais ils habitent.
Leur descendance ne sera plus comme eux; elle portera en elle les talents donnés par Ténébreuse qu'elle accroîtra de son mieux par la sélection génétique et l'éducation; partis des ordinateurs, ils réinventeront une culture archaïque où l'esprit n'aura plus besoin des machines pour semer le chaos, rétablir l'ordre et instaurer la liberté pour tous - y compris, bien entendu pour les femmes. L'origine des familles, des coutumes, des pouvoirs, des expressions proverbiales, les mystères embusqués un peu partout dans le cycle "La romance de Ténébreuse", les explications mythologiques ou pseudo-historiques (les légendes de Cassilda et de Dame Bruna), voilà de quoi séduire Marion Zimmer Bradley elle-même, puis ses lectrices devenues auteurs à leur tour.
Tout est dit dans ce quatrième de couverture. Nous avons donc ici des nouvelles écrites chacune par un auteur différent et contribuant à expliquer certains points de l'histoire et de la mythologie ténébrane.
C'est un regard a posteriori et je trouve toujours intéressant de voir ce que peuvent imaginer ces auteurs qui furent avant tout lecteurs et passionné(e)s même si les puristes ne partagent peut-être pas cet avis. La romance de Ténébreuse est tellement riche qu'on a toujours envie d'approfondir et de découvrir ce qui en a fait la génèse. Les nouvelles sont vraiment écrites dans le style de Marion Zimmer Bradley et on n'est pas du tout dépaysé.
Je les recommande donc à ceux qui connaissent déjà Ténébreuse afin d'éclairer certains points obscurs et se replonger dans l'Histoire avec un grand H de cette planète rouge.
Ma note : 8,5 / 10
13 septembre 2008
Alias Tim
La peau du diable, Richard Hawke
New York. La parade de Thanksgiving bat son plein quand plusieurs spectateurs s'effondrent, touchés par les balles d'un sniper.
Depuis des semaines, un terroriste a pris New York en otage. Les plus hautes personnalités politiques de la ville, déjà engluées dans une série de scandales, sont impuissantes.
Le détective Fritz Malone, impliqué dans l'affaire, n'a pas d'autre choix que de se lancer sur les traces d'un tueur particulièrement diabolique.
Une course poursuite effrénée qui le conduit d'un couvent du Bronx aux recoins de Brooklyn, entre politiciens corrumpus et flics véreux? Jusqu'au dénouement final, inattendu...
Dès les premières lignes, on retrouve le style, l'humour de l'auteur, même s'il écrit sous un nouveau pseudo. En effet, Richard Hawke est... Tim Cockey, l'auteur de la série du "Croque-mort".
Fritz Malone est un détective privé qui va se retrouver aux première loges de l'enquête sur un mystérieux criminel qui, sous couvert de vengeance, commet des attaques aveugles à travers la ville. Quel est le lien avec le maire, qui reçoit des lettres de menaces ? La corruption de la police new-yorkaise a déjà fait les choux gras de la presse quelques mois auparavant, mais est-ce vraiment terminé ?
Malone va naviguer dans ces eaux troubles, où finalement tout pourrait être lié: un délinquant retors et cruel, une bonne soeur alcoolique, des hommes politiques sans scrupules, des flics corrumpus...
Bref, un bon petit suspense politico-policier, où la ville elle-même a son rôle. L'humour décalé de l'auteur fait toujours son effet et contribue grandement à l'intérêt.
Je reste tout de même un peu sur ma faim avec le dénouement mais tout ne peut pas être parfait. A noter aussi quelques fautes d'orthographe et une ponctuation hasardeuse par moment...
Les premières lignes:
Si elle avait su qu'il ne lui restait que cinq minutes à vivre, elle n'aurait certainement pas giflé son fils aussi fort. En tout cas, à mon avis. Le ballon du petit visait ma figure, c'était ça le problème. Personnellement, ça ne me dérangeait pas, mais visiblement, ce n'était pas le cas de la mère. Le gamin avait un visage rond, tout rose, et des cheveux blond filasse. Son ballon était plus gros que sa tête. Je n'aurai pas su dire si le petit s'amusait ou non. Une chose était sûre: sa mère ne s'amusait pas du tout.
- Erza, ne me le fais pas dire deux fois.
Elle avait l'air incroyablement tendue pour neuf heures et demi du matin. Mais bon, je ne sais pas ce que c'est que d'être parent, je ne suis donc pas bien placé pour juger.
Ma note: 7,5 / 10
07 septembre 2008
Pornographie ?
Adam, écrivain en mal d'imagination, accepte le marché que lui propose Simple, une jeune fille vierge que dévore une imagination brûlante. S'il écrit le livre pornographique qu'elle lui demande d'écrire, elle se donnera à lui. Dès lors, de confidences en aveux, de souvenirs en inventions, de témoignages en fantasmes, c'est avec une santé vigoureusement crue qu'ils confrontent leurs expériences respectives et se livrent à longueur de temps et de façon compulsive au plaisir des rêveries, des impatiences, des gestes, des mots et des partages sexuels.
Cette situation paroxystique est l'occasion pour Franz Bartelt d'exercer sa verve inventive, truculente et rabelaisienne.
Ce roman est sans doute une incursion de l'auteur dans le domaine de la pornographie. Au-delà des mots, du vocabulaire de genre qui finit par saturer le propos, j'ai ressenti ce livre un peu comme un jeu, une pochade. On retrouve effectivement le style, l'ironie de Bartelt, il se moque de ses personnages et de leurs certitudes. Il est intéressant de les voir s'affronter autour de leur conception du "faire l'amour". Adam intellectualise et Simple se contente de vivre. Le début semblait prometteur avec pour trame principale, la difficulté pour un auteur de raconter une histoire. Mais j'ai trouvé que le sujet perdait finalement de sa saveur devant la complaisance de Bartelt à nous noyer sous les tirades pornographiques redondantes, sans plus d'intérêt de rabâcher les mots pine, bite et cul. Peut-être était-ce le but de l'auteur de choquer, mais j'ai trouvé cela plutôt lassant. Je l'ai vite terminé pour passer à autre chose. Dommage.
Les premières lignes:
De chaque côté de la fenêtre, entre le ciel en fusion et la page blanche, rien ne divisait le cours de la lumière. Il n'avait pas encore écrit un seul mot. Il ne voulait pas gâcher sa première phrase par excès de précipitation.
"Tu n'as qu'à commencer par dire que je n'ai jamais fait l'amour..." murmura-t-elle en posant ses mains à plat sur son ventre.
Ce n'était pas le début dont il rêvait. Elle répéta sa suggestion, en la fredonnant, les yeux clos, les doigts serrant le pli de sa robe et tirant avec douceur sur l'étoffe.
"Si tu veux, je me branle...
- Pour l'instant, je ne veux rien", assura-t-il sans pencher la tête vers elle.
Ma note: 5,5 / 10
Femme à femmes
Caresser le velours, Sarah Waters
"Débauche de mélodies, de parfums et de costumes, Caresser le velours ressuscite, dans la meilleure tradition picaresque, les dernières années de l'Angleterre victorienne. C'est le récit, tout à la fois érotique et historique, des aventures de Nancy, une jeune provinciale vendeuse d'huîtres dans un petit port sur la côte du Kent, dont le sort bascule lorsqu'elle tombe amoureuse d'une chanteuse de music-hall aux allures de dandy...
Sarah Waters a du souffle, et les tribulations amoureuses de son adepte de Sapho dans un Londres fin de siècle, entre gloire et misère, sont un délice de cruauté. Câlins et caresses compensent la dureté de l'Angleterre victorienne, et cette éducation sentimentale au féminin conjugue pudeur et impudeur avec une incroyable virtuosité. Chapeau pour un premier roman"
4è de couverture Editions 10 / 18 par Alexis Liebaert, ELLE.
On retrouve tout de suite le style de l'auteur qui nous emmène aussitôt avec ses personnages. On s'attache immédiatement à l'héroïne, jeune fille naïve qui découvre l'amour et ses passions. Le roman peut être découpé en trois phases. Tout d'abord, Nancy tombe sous le charme androgyne de Kitty Butler, artiste de music-hall. Son admiration éperdue se transforme vite en amour inconditionnel. Pour elle, Nancy va quitter sa famille et partir s'installer à Londres, la grande ville, pour assister Kitty lors de ses numéros.
Malgré un avenir plein de promesses, les deux filles dans un numéro de chanteuses travesties en hommes remportent un vif succès, la rupture est consommée entre Kitty et Nan qui voient chacune leur amour de façon différente, Kitty aspirant à la "normalité" en voulant se marier avec un homme, ce que ne peut concevoir Nancy. Pour fuir Kitty et ses craintes, Nancy va toucher le fond: avec la prostitution dans la rue, déguisée en homme puis assumant sa condition avec une riche "protectrice".
Ce n'est que dans la dernière partie que s'opérent une sorte de rédemption. Nancy doit continuer à vivre et sa rencontre avec Flo va être décisive. C'est par elle qu'elle pourra trouver la paix. Si elle le veut.
Mis à part la couverture du livre qui - à mon avis - n'est pas du meilleur goût (il faut bien attirer l'oeil, sans doute...), ce livre est encore une réussite de l'auteur. Décortiquant à la Dickens le monde interlope des milieux lesbiens de Londres de la fin du XIXè, elle nous livre ses personnages sans fard, dans leur vie et leurs doutes. Tous les sentiments y passent, Nancy apprend durement ce que peut être l'amour lorsque la passion s'en mêle. Et c'est une belle leçon, finalement, chacun peut y trouver matière à réfléchir. Le livre n'est pas réduit à l'homosexualité féminine, c'est ce qui fait tout le talent de l'auteur, à mon avis.
Les premières lignes:
Avez vous eu déjà l'occasion de déguster des huîtres de Whitsatble? Si oui, vous ne les aurez pas oubliées. Un caprice de la côte du Kent fait de la whitstable, comme on dit, un très grand "cru", l'huître la plus grasse et la plus moelleuse, la plus succulente et en même temps la plus suave de tout le pays. Une huître dont la réputation n'est plus à faire. Les Français, fins gourmets s'il en est, traversent la Manche pour l'amour d'elle, et on l'expédie, sur un lit de glace, jusqu'à Berlin et à Hambourg. Je me suis laissée dire que le roi lui-même se paie des soupers d'huîtres dans un hôtel discret de Whitstable en compagnie de sa bonne amie Mme Keppel, et quant à feu la reine, si l'on en croit la légende, elle goba une whitstable à dîner tous les jours de sa vie.
Ma note: 9 / 10


